vendredi, 31 août 2007
un amour de demoiselle
si vous ne deviez me dire qu’un seul souvenir ça serait lequel
eh ben que je me suis pas mariée voilà c’est ça faut pas l’dire (elle rit) faut pas l’ dire pourquoi parce que parce que parce que euh j’allais passer les vacances à la campagne chez une dame qui est un peu parente on avait connu les p’ tits paysans là où on allait garder les vaches et les oies bon et puis alors y’en avait ils étaient tous très simples ces gens bon avec ma sœur et une cousine et puis alors y’en avait un bon qui lui était pas paysan on a échangé l’adresse hein puis c’est amusant c’était pas celui avec qui j’étais hein il m’a demandé l’adresse on a échangé l’adresse on a échangé l’adresse sur un gros caillou de l’adour parce que c’était dans les basses dans les hautes pyrénées entre tarbes et plaisance du gers et bien alors là ben avec celui-là on s’est écrit pendant 6 ou 8 ans c’était un amour platonique épisolaire alors j’sais pas combien 500-600 lettres je les ai brûlées avant de rentrer là
pourquoi
pourquoi qu’en aurais-je fait pourquoi pourquoi parce que je n’avais jamais envisagé que je pourrais me marier avec lui hein parce que nous n’étions pas du même milieu social moi j’étais et je suis encore roturière et lui ne l’était pas hein mais quand même il a été très honnête parce qu’un jour il m’avait dit oh y’a une chose je ne pourrais pas me marier avec toi ben j’ lui dis j’ t’ en demande pas tant restons copains et au fond ça veut pas dire que j’aurais été heureuse parce que son caractère enfin
et lui s’est marié
oui oui il a été influencé par sa sœur par sa sœur qui était très amie avec les deux frères de la jeune fille très amie plus que ça les et le père de cette jeune fille était commandant ils avaient un pied à terre là-bas à plaisance du gers et alors c’est elle sûrement qui et puis il avait pas l’air de trop vouloir se marier j’ sais pas si ça a été très très très réussi comme mariage au début non ça c’est sûr enfin soit mais je n’ai pas été déçue parce que je ne l’ai jamais envisagé hein
et vous l’avez revu quand même
ah alors sacrément oui un jour mais longtemps après mon ami que la correspondance a cessé bien sûr un jour nous étions avec ma mère aux eaux bonnes à l’hôtel du commerce en face du casino il faisait mauvais il faisait mauvais alors j’écris à mon ami là de la batturivière il fait mauvais il fait mauvais il dit ben descendez descendez là où on elle qui nous héberge pendant les vacances il fait soleil dans la plaine alors on décide on s’en va et puis en arrivant à tarbes on descend du train ma cousine qui était une malgache son père était trésorier-payeur général de madagascar à la retraite alors elle est venue avec sa belle traction à la gare voyez la date hein alors elle dit oh éva la dame chez qui j’étais petite en vacances qui était gentille oh que oui éva est fatiguée parce qu’elle était hier soir au château elle a été aider joséphine la cuisinière c’était le mariage de pierre vous pensez un coup de couteau parce que quand même ça me faisait mal d’arriver le jour de son mariage hein j’étais bien placée pour donner mes félicitations mais (elle rit) enfin je préférais pas hein et j’ai eu la chance il était parti le soir même et après alors longtemps après une amie une grande amie qui avait sa fille aux minimes à toulouse alors elle allait la voir souvent un jour elle me dit oh dis donc on va chez claudine tu viens on peut t’emmener on aura peut-être l’occasion de voir pierre oh ben je dis oui oui mais à ce moment-là j’avais plus mes parents hein alors nous allons chez la chez la fille et elle a téléphoné effectivement elle l’a trouvé c’est lui qui a répondu et il a dit oh mais c’est loin oh ben c’est à 30 kilomètres hein alors elle dit mais nous prendrons nous prendrons l’autobus oh il dit pas question y’a des voitures ici et effectivement il est arrivé avec une voiture une belle deux chevaux alors il s’est amené
cela faisait combien de temps que vous ne l’aviez pas vu
c’est lui qui me l’a dit alors mon amie lui dit vous voulez vous voulez un café monsieur pierre vous n’avez pas un cognac il lui dit (elle rit) très à l’aise et alors il me dit tu te rends compte depuis quand nous ne nous sommes pas vus 27 ans 27 ans 27 ans
vous aviez dû le trouver changer
non non non alors il m’a raconté il avait 4 enfants et alors maintenant je sais pas pourquoi mon ami mais je n’y fais que penser que ça m’empêche de dormir et je dis qu’est-ce qui m’empêche j’ai eu le numéro de téléphone on peut par minitel hein je l’ai pas fait je l’ai eu par le 12 pour savoir s’il est mort ou s’il est vivant je l’ai pas fait j’ai pas encore osé le faire et quelquefois il allait dans cette propriété là qu’il habite maintenant euh quand il voulait se ressourcer il dit ça il dit oh j’y vais à noël pour me ressourcer alors il aimait il aimait beaucoup il aimait assez la solitude il allait chasser et puis il allait faire euh jouer aux cartes avec son métayer et sa femme seul oui sans sa femme il allait dans sa propriété seul pour se ressourcer elle aimait pas ça tellement moi ça m’aurait pas euh parce que voyez il est f… de caractère froid hein puis moi un peu pas chaude quoi alors je me disais en moi qu’aurait fait le choc de l’iceberg et la banquise (elle rit) eh bien on s’entendait bien comme ça on s’écrivait plusieurs fois par semaine et puis j’étais contente de recevoir ses lettres je me suis contentée de courrier vous voyez
vous y pensez souvent en ce moment
eh ben oui et pourquoi mon ami pourquoi je vous le demande parce que je me dis est-ce qu’il est mort est-ce que il avait 4 ans de moins que moi il était de l’âge de ma sœur il a 85 ans
il suffit de passer un coup de téléphone
ben oui je téléphone que je tombe sur n’importe qui sur le métayer sur sa femme sur n’importe qui pour savoir s’il est mort ou s’il est en vie demander son état de santé
vous avez envie mais en même temps vous n’osez pas
euh oui mon ami oui j’ai son numéro là je l’ai eu hier par le 12 c’est à gorêt près de toulouse il était il était avocat et l’autre jour à la télé là ça m’a rappelé parce que quand ils font les champions vous savez là vous le regardez là euh lepers lepers alors dans les questions y’en a un on lui demandait quelque chose il a répondu quelque chose qui me l’a rappelé parce qu’il étudiait le droit hein et je me rappelle très bien il a dit oui la loi le châtelier je me suis rappelé très bien quand il étudiait y’avait la loi le châtelier curieux hein voilà mais si je le ferai si je le ferai qu’est-ce que je risque ben rien juste lui aussi il doit se dire elle est p’t’être morte (elle rit) il y pense lui aussi et alors nous allions là à la battue à la pêche à la fourchette c’était agréable on avait de l’eau à moitié jambe et puis une lampe à cétylène pour euh les attraper et puis on les piquait et au retour on mangeait du jambon et du pain mais enfin mais nous étions vous saviez des les jeunes ne le croiraient pas hein parce qu’il n’y a jamais eu ça a été toujours d’une correction d’une réserve d’une distinction d’une
alors que maintenant ça irait beaucoup plus vite
oui oui enfin (long silence) je dis que je le ferai si si je le ferai je l’ai son numéro là vous voyez là sur la table de nuit mais bon je crois pas que j’oserai (long silence) et vous mon ami ça vous dérangerait de le faire
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samedi, 11 août 2007
"je me surprends à être ému par la multitude de cheminées de bateaux"
j’ai pris la porte à 17 ans ma mère m’a dit t’es pas contente tu prends la porte j’ai pris la porte j’suis partie j’ai été au bureau de placement j’ai trouvé une place
attendez à 17 ans vous êtes partie
je suis partie de chez ma mère parce qu’elle m’a foutue dehors (elle rit)
ça vous fait rire
eh oui vous voulez pas que j’en pleure 70 ans après enfin presque quand même alors euh je suis allée au bureau de placement j’ai trouvé une place
c’est quoi un bureau de placement
eh ben comment ici là ils appellent ça le machin là
l’ANPE
non les bureaux intérimaires
ah d’accord les boîtes d’intérim
intérim oui c’est ça bravo tandis qu’à l’époque vous voyez on appelait ça le bureau de placement alors y’avait une place à rochefort femme de chambre dans un chez le comte et la comtesse des ménards chez la comtesse des ménards alors là j’ai j’ai fait ma petite valise et puis me voilà partie eh oui je suis partie eh oui avec ma petite valise là je suis arrivée chez la châtelaine et là on était deux enfin deux femmes la cuisinière un chauffeur et moi comme femme de mé de ména non femme de chambre à 17 ans oui alors un jour je dis j’ai dit j’en ai marre j’ai dit à la femme de chambre (elle rit) non c’était moi j’ai dit à la cuisinière on se barre toutes les deux
vous aviez quel âge
17-18 ans j’ai dit on se barre j’en ai marre d’la comtesse là elle nous (elle rit) elle nous f’sait lever le matin à 5 heures le soir alors un jour j’lui ai dit madame la comtesse y’a des heures pour se lever le matin mais avec vous y’en a pas le soir pour s’coucher le soir c’était des veillées c’était le grand monde qui venait se bringuer toute la nuit mais à 5 heures du matin fallait quand même se lever alors j’ai dit à la cui à la cuisinière j’ai dit on se barre toutes les deux on se taille mais oui elle me dit moi elle veut pas m’payer j’ai dit moi j’ai un peu d’argent d’avance (elle rit) j’te paierai ton voyage on est allées sur la route le car qui faisait angoulême rochefort oui rochefort j’crois non
vous êtes retournée à angoulême
ben oui où aller avec nos valises là où aller
vous êtes parties à l’aventure
oui on est parties à l’aventure si vous voulez alors le chauffeur du car nous dit j’connais un petit bistrot on ira voir si elle veut vous recevoir pour la nuit après demain vous vous arrangerez on arrive dans ce bistrot alors la la femme était en train de souper on avait faim nous je regardais ce plat j’dis si elle pouvait nous en donner un peu et ça s’trouvait pour les fêtes de noël alors on lui demande si elle pouvait pas elle dit j’peux vous coucher aussi mais c’est tout c’que je peux faire elle nous a couchées pour la nuit le lendemain on est parties encore chercher du boulot moi j’lai trouvé parce que la femme m’a gardée
ah bon
elle m’a dit écoutez puisque vous trouvez rien j’vous garde mais j’avais pas l’droit d’aller servir au p’tit bistrot là
parce que vous étiez trop jeune
ah j’étais trop jeune c’était j’avais 21 ans ah oui autrement y’avait la police police des mœurs
ah oui la police des mœurs quand même
je gardais trois gosses j’m’occupais des trois gosses alors ils étaient bien mignons mais bon les torcher et tout là j’ai dit un jour quand même j’irais bien servir moi mais si j’ me fais choper alors je (elle rit) j’ me suis mariée alors là une fois mariée j’avais l’ droit d’aller servir au restaurant
vous vous êtes mariée uniquement pour servir
oh oui et alors parce que j’ voulais servir j’ voulais et j’ voulais une alliance c’est ça j’ voulais une alliance pour m’ faire appeler madame parce que c’est bien beau d’garder les mômes mais ce serait quand même je s’ rais quand même d’aller d’aller les servir qu’est-ce que j’ fous là
mais qu’est-ce qui vous plaisait vous de servir les gens
eh j’ ramassais les je gagnais plus de pognon ils m’laissaient la pièce ah y’avait l’pourboire et alors
et vous vous êtes mariée mais vous avez pas pris
oh ben pas
mais entre nous vous étiez amoureuse ou pas
eh oh c’était pas le premier venu quand même le pauvre gars (elle rit) alors j’étais bien j’étais lui travaille il est boulanger moi j’étais nourrie alors je je bossais là comment mais enfin j’pouvais les servir c’est c’que j’voulais aller servir et m’faire appeler madame et puis avoir cette alliance ah j’voyais ça à ce doigt là j’dis si j’en avais une comme ça
qu’est-ce qui vous plaisait dans l’alliance
eh ben me faire appeler madame
ah oui
ah oui on disait ma… on disait plus mademoiselle on disait bonjour madame vous allez bien madame très bien madame merci madame au-revoir madame à bientôt madame
c’est important de ne plus être mademoiselle
ben non mais enfin j’trouvais qu’ça faisait mieux de dire madame (elle rit) ça faisait plus riche ça oui oui ça faisait plus riche eh oui vous monsieur on vous appelle toujours monsieur
et c’était où ça madame
à angoulême angoulême toujours angoulême alors après je me suis donc j’ai restée dans cette place assez longtemps et un jour mon mari m’dit à l’hôtel de à l’hôtel où il portait les croissants le matin ils demandent euh du personnel j’en ai alors je suis allée au à c’t’ hôtel un chic hôtel et alors là j’ai été comme serveuse alors j’étais chic hein oh alors là des talons hauts des belles robes avec des revers blancs j’étais vraiment euh j’y ai resté sept ans là-dedans c’était merveilleux mais alors c’est ces valises qu’il fallait traîner y’avait pas l’ascenceur fallait les traîner à la main (elle rit)
ces gens qui venaient à cet hôtel c’était des gens riches
ah des gens riches oui ah oui j’ai même reçu le roi du maroc le père de celui qui règne maintenant oui on avait tous les artistes descendaient annie ducot pierre blanchard pierre richarwill bourvil euh et celui qui était si vilain là comment y s’appelait euh renaud borderie
qui
renaud borderie
qui c’est celui-là
c’est moi
(elle rit) oh ça va montrez-vous oui y’a pire (elle rit) euh pierre
quelqu’un de vilain simon
oui c’est ça ah oui ah oui oh là là il était vilain celui-là c’est comment son nom exactement
je vois qui vous voulez dire
oui comment il s’appelle
je ne sais pas je ne sais plus mais je vois qui vous voulez dire et vous aviez quel âge
ben vingt deux ans
vous n’aviez pas d’enfant
euh j’vais si ma fille mais alors là j’ai quitté mon travail quand j’ai eu ma fille je suis restée à la maison
et votre mari était toujours boulanger là
toujours boulanger lui oui ouais
et après vous avez repris le travail
ah non ah non mon mari a dit tu restes à la maison comme moi je on se marie c’est pour que tu partes le matin et rentres le soir c’est que l’hôtel on rentrait y’avait pas d’heure pour rentrer hein
mais vous vous deviez être malheureuse de rester à la maison non
non ah non après j’avais ma fille à m’occuper j’avais mon mé mo ménage ma cuisine et faire la lessive non y’avait j’avais quand même à m’occuper
et combien de temps êtes-vous restée à angoulême
je suis arrivée ici en 48 oui j’habite dans la région depuis 48
pourquoi bordeaux votre mari avait été muté
non je suis venu avec ma fille seule vous voyez j’voulais voir d’autres choses j’voulais voyager un peu moi j’étais divorcée ma fille est rentrée oui chez une des professeurs du lycée montaigne pour garder un p’tit bébé alors là on était tranquilles enfin et voilà maintenant j’suis ici
tout à l’heure vous me disiez que vous n’avez rien à me dire à me raconter vous êtes une sacrée aventurière dites donc
oh
vous partez de chez vous à l’âge de 17 ans parce que votre beau-père vous battez puis vous vous débrouillez pour devenir serveuse
ah oui oh là j’étais bien
en 48 vous quittez tout et vous venez vivre à bordeaux avec votre fille
et alors
vous êtes courageuse
ah il fallait l’faire vous savez les gens ne sont pas toujours ce qu’on croit moi c’était quand même pas la valise en carton mais presque (elle rit)
et en 48 vous recommencez une autre vie
je faisais des ménages et alors après je suis rentrée comma aide-ménagère je m’occupais de personnes âgées voilà ma p’tite vie et elle s’arrête là ici
quelle leçon tirez-vous de tout ça
vous savez on se fait à tout à tout oui vous pouvez me croire bon quelle heure il est là on se fait à tout oui faut bien eh michel simon
pardon
oui michel simon c’est ça celui qui était si laid c’était michel simon oh là là qu’il était laid
10:15 Publié dans embedded (rencontres...) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : rencontre, vieillesse, travail, vivre, écoute, tendresse, femme
samedi, 28 juillet 2007
ce monsieur, ce matin même

et quand l'Allemagne est rentré en France ils ont commencé à ramasser les autres Marocains les jeunes comme moi quoi moi j'avais presque vingt ans et je me suis caché pour ne pas y aller en France tu vois pour faire la guerre contre les allemands
ah oui d'accord mais qu'est-ce qu'on leur disait à ces jeunes pour qu'ils partent en France qu'est-ce qu'on leur disait
on leur disait tu verras c'est ça la France et on leur donnait un peu d'argent et puis après on leur a plus donné le choix moi faire la guerre non non non non
mais vous êtes caché où
oh là là dans des cachettes dis donc je vais pas te dire mes cachettes
qu'est-ce qui a fait que vous vous disiez je ne veux pas y aller
les premiers rassemblés je te dis on leur donnait de l'argent et après on prenait tout le monde on avait plus le choix tu parles moi j'avais peur de cette guerre mais je me souviens plus de ce qu'on disait moi j'étais encore petit je savais pas la France la guerre non mais tu vois moi je comprenais pas pourquoi les Français étaient au Maroc et qui étaient les Marocains qui avaient ramené les Français au Maroc sur le plan politique on savait pas ce qui se passait non je connais pas je comprends pas ce que tu fais parce que tu vois au Maroc c'était comme la France là-bas les français commandaient tout le monde comme ici mais ici bon c'est normal y'avait la gendarmerie française
mais vous en souffriez au quotidien
ça nous intéressait pas à l'époque à l'époque c'était comment vivre tu vois on était comme des poules qui cherchent leur nourriture après qui est là qui commande pourquoi les poules elles ont faim moi quand ma mère s'est mariée j'ai vécu un peu avec elle son mari avait une ferme et il était âgé je l'aidais à la ferme où il était employé j'étais payé quatre centimes d'époque
par jour
par jour on était très pauvre on travaillait chez des français
mais quand avez-vous quitté votre village
entre vingt vingt-cinq et trente ans peut-être j'ai quitté mon petit village pour la ville
mais quelle ville
Casablanca Rabah mais partout où tu trouvais un patron partout
mais qu'est-ce qui fait que vous soyez parti de votre village
le travail le travail
vous avez pas eu peur de partir quitter la campagne pour la grande ville
j'étais mûr monsieur ça me dérangeait pas et j'avais de la famille à Casablanca
mais quel travail avez-vous fait à Casa
de tout quelquefois ça quelquefois ça dans le bâtiment je travaillais la pierre je montais les murs avec des cailloux enfin je regardais beaucoup parce que d'abord je faisais l'apprenti et puis après je connais je connais en regardant j'ai compris comment on faisait le métier de maçon oui en regardant moi je regarde
mais quitter votre village c'était pas très dur
non non non je faisais des navettes et puis il fallait manger vivre j'emmenais mon salaire à ma mère je restais avec elle et je repartais une fois qu'il y avait plus d'argent
vous rameniez l'argent à votre maman
oui après je me suis marié au bled avec une cousine elle s'appelle Zaïa et maintenant elle est avec moi ici on a eu six enfants tous les deux je travaillais dans la ville mais ma famille est restée avec ma mère je les voyais quand je descendais au village
vous rentriez souvent au village
y'avait 200 kilomètres alors quand j'avais de l'argent je rentrais quand y'avait pas d'argent c'est comme ça la vie
combien d'enfants sont nés au Maroc
un seul est né en France
très bien après l'épisode casablanca il y eut la France donc
c'est mon employeur qui m'a ramené en France il s'est occupé des papiers et du regroupement familial puisque moi je suis arrivé en 1965 en France avec mon employeur mes enfants ma famille sont arrivés en 68
vous aviez quel âge à ce moment-là
eh bé euh euh calculez (on rit) oui oui q
uand votre employeur vous a proposé de partir en France vous avez hésité ou pas
non pas du tout on travaillait chez lui là-bas il était bien il nous a demandé on a pas dit non et c'est lui qui a fait le nécessaire pour nous c'était une corvée de moins et voilà
mais pourquoi votre patron est parti en France
c'était un français
ah très bien avant de parler de votre arrivée en France je voulais vous demander comment vous avez vécu l'indépendance de votre pays
je m'en foutais je travaillais avec un patron je travaillais j'avais un salaire c'est tout ce qui comptait pour moi vivre
mais vous l'indépendance a changé quelque chose sur le plan financier sur le plan les conditions de vie ou pas
mon patron est parti en France juste après l'indépendance donc moi j'ai pas vécu tout ça il a ramené ses employés en France j'ai pas su ce que le Maroc est devenu
18:20 Publié dans embedded (rencontres...) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : maroc, entretien, vieillesse, rencontre