mercredi, 12 décembre 2007

lu sur www.desordre.net/blog/

A quoi tu penses?

Je pense à cette violence qui nous est faite par Nathan, à ses rythmes détraqués à nouveau — les patients réglages de l'ostéopathe n'ont pas tenu et je m'en veux de penser qu'ils ont coûté si cher, dix séances à cinquante euros, sans compter les produits d'homéopathie, naturellement pas remboursés, pensée teintée d'autant d'amertume que nous vivons si chichement ces derniers temps, tout l'argent gagné peinant chaque fin de mois à recouvrir le découvert du mois précédent, est-ce qu'on peut vivre longtemps de cette façon?, alors que Nathan ne dorme pas toute une nuit ou presque et c'est la deuxième nuit de cette semaine, et je constate, amer, comme parfois je vis en injustice qu'il faille travailler si dur pour payer ses soins, est-ce vraiment à nous de payer cela de notre poche?, je repense alors aux discussions avec les personnes handicapées à ma table à l'UNESCO, mardi, lorsque nous échangions à propos de l'âpreté avec laquelle il fallait lutter pour obtenir des aides, je parlais de mélange curieux de colère de ne pas recevoir suffisamment — nous pourrions être tellement plus entrepenants pour Nathan si nous en avions les moyens — et de mauvaise conscience de tant coûter à la collectivité, on aurait presque honte.

Cette violence que Nathan nous fait, en ne dormant pas la nuit, nous hâchant le sommeil — et Anne a bien besoin de cela que l'on contrarie encore davantage le cours d'un sommeil déjà tellement abimé — en faisant si souvent obstruction à la moindre de nos demandes — je mesure l'inatteignable pour nous de maîtriser nos nerfs dans cette répétition systématique des refus de Nathan et lorsqu'au contraire son comportement est plus fluide, j'ai le sentiment que cela est acquis par des méthodes de dressage que l'on réserve habituellement aux animaux — le matin à cinq heures lorsque je suis allé chercher une paire de chaussettes dans la pénombre de sa chambre, ses cris qui ont réveillé Anne et Adèle, j'ai bien failli le frapper au visage. Avec un sentiment de haine réflexe. Frapper son propre fils. Quel dégoût de soi.

J'en ai assez de ces montagnes russes des sentiments, passages sans transition des gratifications très fortes à des moments de désespérances vraiment intenses.

Je maudis la dépense des énergies que nous y laissons. Les bons jours, je me dis que nous ne connaissons pas de plus grande cause et que c'est une grande chose que de pouvoir y consacrer nos forces. Que ce combat nourrit notre vie.

Mais pas ce matin, tandis que le train passe le long de la centrale nucléaire de Neuvy-sur-Loire, l'amertume prime.