dimanche, 23 décembre 2007

retrouvé cette rencontre aujourd'hui dimanche

 

j’ai pris la porte à 17 ans ma mère m’a dit t’es pas contente tu prends la porte j’ai pris la porte j’suis partie j’ai été au bureau de placement j’ai trouvé une place

attendez à 17 ans vous êtes partie

je suis partie de chez ma mère parce qu’elle m’a foutue dehors (elle rit)

ça vous fait rire

eh oui vous voulez pas que j’en pleure 70 ans après enfin presque quand même alors euh je suis allée au bureau de placement j’ai trouvé une place

c’est quoi un bureau de placement

eh ben comment ici là ils appellent ça le machin là

l’ANPE

non les bureaux intérimaires

ah d’accord les boîtes d’intérim

intérim oui c’est ça bravo tandis qu’à l’époque vous voyez on appelait ça le bureau de placement alors y’avait une place à rochefort femme de chambre dans un chez le comte et la comtesse des ménards chez la comtesse des ménards alors là j’ai j’ai fait ma petite valise et puis me voilà partie eh oui je suis partie eh oui avec ma petite valise là je suis arrivée chez la châtelaine et là on était deux enfin deux femmes la cuisinière un chauffeur et moi comme femme de mé de ména non femme de chambre à 17 ans oui alors un jour je dis j’ai dit j’en ai marre j’ai dit à la femme de chambre (elle rit) non c’était moi j’ai dit à la cuisinière on se barre toutes les deux

vous aviez quel âge

17-18 ans j’ai dit on se barre j’en ai marre d’la comtesse là elle nous (elle rit) elle nous f’sait lever le matin à 5 heures le soir alors un jour j’lui ai dit madame la comtesse y’a des heures pour se lever le matin mais avec vous y’en a pas le soir pour s’coucher le soir c’était des veillées c’était le grand monde qui venait se bringuer toute la nuit mais à 5 heures du matin fallait quand même se lever alors j’ai dit à la cui à la cuisinière j’ai dit on se barre toutes les deux on se taille mais oui elle me dit moi elle veut pas m’payer j’ai dit moi j’ai un peu d’argent d’avance (elle rit) j’te paierai ton voyage on est allées sur la route le car qui faisait angoulême rochefort oui rochefort j’crois non

vous êtes retournée à angoulême

ben oui où aller avec nos valises là où aller

vous êtes parties à l’aventure

oui on est parties à l’aventure si vous voulez alors le chauffeur du car nous dit j’connais un petit bistrot on ira voir si elle veut vous recevoir pour la nuit après demain vous vous arrangerez on arrive dans ce bistrot alors la la femme était en train de souper on avait faim nous je regardais ce plat j’dis si elle pouvait nous en donner un peu et ça s’trouvait pour les fêtes de noël alors on lui demande si elle pouvait pas elle dit j’peux vous coucher aussi mais c’est tout c’que je peux faire elle nous a couchées pour la nuit le lendemain on est parties encore chercher du boulot moi j’lai trouvé parce que la femme m’a gardée

ah bon

elle m’a dit écoutez puisque vous trouvez rien j’vous garde mais j’avais pas l’droit d’aller servir au p’tit bistrot là

parce que vous étiez trop jeune

ah j’étais trop jeune c’était j’avais 21 ans

ah oui

autrement y’avait la police police des mœurs

ah oui la police des mœurs quand même

je gardais trois gosses j’m’occupais des trois gosses alors ils étaient bien mignons mais bon les torcher et tout là j’ai dit un jour quand même j’irais bien servir moi mais si j’ me fais choper alors je (elle rit) j’ me suis mariée alors là une fois mariée j’avais l’ droit d’aller servir au restaurant

vous vous êtes mariée uniquement pour servir

oh oui et alors parce que j’ voulais servir j’ voulais et j’ voulais une alliance c’est ça j’ voulais une alliance pour m’ faire appeler madame parce que c’est bien beau d’garder les mômes mais ce serait quand même je s’ rais quand même d’aller d’aller les servir qu’est-ce que j’ fous là

mais qu’est-ce qui vous plaisait vous de servir les gens

eh j’ ramassais les je gagnais plus de pognon ils m’laissaient la pièce ah y’avait l’pourboire et alors

et vous vous êtes mariée mais vous avez pas pris

oh ben pas

mais entre nous vous étiez amoureuse ou pas

eh oh c’était pas le premier venu quand même le pauvre gars (elle rit) alors j’étais bien j’étais lui travaille il est boulanger moi j’étais nourrie alors je je bossais là comment mais enfin j’pouvais les servir c’est c’que j’voulais aller servir et m’faire appeler madame et puis avoir cette alliance ah j’voyais ça à ce doigt là j’dis si j’en avais une comme ça

qu’est-ce qui vous plaisait dans l’alliance

eh ben me faire appeler madame

ah oui ah oui on disait ma… on disait plus mademoiselle on disait bonjour madame vous allez bien madame très bien madame merci madame au-revoir madame à bientôt madame

c’est important de ne plus être mademoiselle

ben non mais enfin j’trouvais qu’ça faisait mieux de dire madame (elle rit) ça faisait plus riche ça oui oui ça faisait plus riche eh oui vous monsieur on vous appelle toujours monsieur

et c’était où ça madame

à angoulême angoulême toujours angoulême alors après je me suis donc j’ai restée dans cette place assez longtemps et un jour mon mari m’dit à l’hôtel de à l’hôtel où il portait les croissants le matin ils demandent euh du personnel j’en ai alors je suis allée au à c’t’ hôtel un chic hôtel et alors là j’ai été comme serveuse alors j’étais chic hein oh alors là des talons hauts des belles robes avec des revers blancs j’étais vraiment euh j’y ai resté sept ans là-dedans c’était merveilleux mais alors c’est ces valises qu’il fallait traîner y’avait pas l’ascenceur fallait les traîner à la main (elle rit)

ces gens qui venaient à cet hôtel c’était des gens riches

ah des gens riches oui ah oui j’ai même reçu le roi du maroc le père de celui qui règne maintenant oui on avait tous les artistes descendaient annie ducot pierre blanchard pierre richarwill bourvil euh et celui qui était si vilain là comment y s’appelait euh renaud borderie

qui

renaud borderie

qui c’est celui-là

c’est moi

(elle rit)

oh ça va montrez-vous oui y’a pire (elle rit) euh pierre

quelqu’un de vilain simon

oui c’est ça ah oui ah oui oh là là il était vilain celui-là c’est comment son nom exactement

je vois qui vous voulez dire

oui comment il s’appelle

je ne sais pas je ne sais plus mais je vois qui vous voulez dire et vous aviez quel âge

ben vingt deux ans

vous n’aviez pas d’enfant

euh j’vais si ma fille mais alors là j’ai quitté mon travail quand j’ai eu ma fille je suis restée à la maison

et votre mari était toujours boulanger là

toujours boulanger lui oui ouais

et après vous avez repris le travail

ah non ah non mon mari a dit tu restes à la maison comme moi je on se marie c’est pour que tu partes le matin et rentres le soir c’est que l’hôtel on rentrait y’avait pas d’heure pour rentrer hein

mais vous vous deviez être malheureuse de rester à la maison non

non ah non après j’avais ma fille à m’occuper j’avais mon mé mo ménage ma cuisine et faire la lessive non y’avait j’avais quand même à m’occuper

et combien de temps êtes-vous restée à angoulême

je suis arrivée ici en 48 oui j’habite dans la région depuis 48

pourquoi bordeaux votre mari avait été muté

non je suis venu avec ma fille seule vous voyez j’voulais voir d’autres choses j’voulais voyager un peu moi j’étais divorcée ma fille est rentrée oui chez une des professeurs du lycée montaigne pour garder un p’tit bébé alors là on était tranquilles enfin et voilà maintenant j’suis ici

tout à l’heure vous me disiez que vous n’avez rien à me dire à me raconter vous êtes une sacrée aventurière dites donc

oh

vous partez de chez vous à l’âge de 17 ans parce que votre beau-père vous battez puis vous vous débrouillez pour devenir serveuse

ah oui oh là j’étais bien

en 48 vous quittez tout et vous venez vivre à bordeaux avec votre fille

et alors

vous êtes courageuse

ah il fallait l’faire vous savez les gens ne sont pas toujours ce qu’on croit moi c’était quand même pas la valise en carton mais presque (elle rit)

et en 48 vous recommencez une autre vie

je faisais des ménages et alors après je suis rentrée comma aide-ménagère je m’occupais de personnes âgées voilà ma p’tite vie et elle s’arrête là ici

quelle leçon tirez-vous de tout ça

vous savez on se fait à tout à tout oui vous pouvez me croire bon quelle heure il est là on se fait à tout oui faut bien eh michel simon

pardon

oui michel simon c’est ça celui qui était si laid c’était michel simon oh là là qu’il était laid

mardi, 18 septembre 2007

"oui ma vie"

 

vous avez été placée à quinze ans

oh oui

vous êtes devenue comment on pourrait appeler ça

bonne une bonne monsieur oui une bonne une bonne à tout faire

bonne à tout faire donc dans une famille à bordeaux

oui j’étais place euh pas loin du cours portal justement c’était une dame qui connaissait le couvent où j’étais enfin l’orphelinat quoi elle était recommandée par le couvent elle faisait cette dame elle vendait elle tenait un magasin et lui le monsieur était lui euh il avait une place euh d’état j’sais pas moi quelque chose de bien quoi il avait un fils de quatre ans et moi j’étais chargée de m’en occuper on m’envoyait à dax à saint-vincent de paul pas loin de dax à garder le petit qui avait quatre ans et la guerre a éclaté à ce moment-là

et vous aviez quinze ans

j’avais quinze ans

et là je suppose que ce n’était pas la semaine des 35 heures

ah non parce que c’était nuit et

oui

nuit et

oui

nuit et

jour

oui enfin pas nuit et jour mais enfin tard le soir surtout quand y’avait des invités mais là j’ai pas à me plaindre j’étais bien placée là

vous étiez heureuse

heureuse faut pas pousser hein monsieur heureuse heureuse je sais pas trop ce que ça veut dire ce mot hein j’étais bien là mon père m’a sortie c’est dommage parce qu’il craignait pour le c’était pas loin des quinconces il craignait pour les obus vous voyez alors j’ai fait après aide-ménagère j’allais faire des ménages à droite à gauche fallait aller fallait faire trois kilomètres pour aller d’un une heure d’un côté puis trois kilomètres plus loin deux heures et puis voilà c’que j’ai fait toute jeune et alors après à l’âge de 17 ans je suis rentrée dans les tramways dans les tramways de bordeaux et qu’est-ce que vous avez là

caissière receveuse j’encaissais

ah bon c’était plus calme là

oh oui là ça me plaisait ça j’étais à bel air je voulais pas aller à l’usine ah mon père n’aimait pas

ça consistait en quoi

eh bien fallait encaisser l’argent et

mais dans le tramway

dans le tramway les gens rentraient et je me tenais à l’entrée et ils me donnaient de l’argent je leur donnais un ticket et je ou alors je poiçonnais ceux qui avaient des tickets oui voilà ma vie monsieur

votre vie professionnelle

oui ma vie

jeudi, 13 septembre 2007

j'ai appris que cette dame rencontrée il y a quelques années était en train de mourir

 

puis après ma mère m’a mise à la couture la couture des leçons de broderie enfin tout ce qui peut servir à une femme quoi à ce moment-là maintenant on le fait plus mais à ce moment-là c’était ça

et vous avez travaillé à quel âge pour un patron

euh vraiment pour un patron c’est quand je suis rentrée à l’asile d’aliénés à cadillac euh pardon je m’approche un peu de vous parce que je vous vois tendre le bras (elle rit) euh là avec le micro là alors quand je suis rentrée je me suis mariée et je suis rentrée à l’asile à cadillac asile d’aliénés j’y suis restée trois ans

et là vous faisiez quoi là-bas

euh les malades les folles on s’occupait des… oui

ça devait être dur non

oh que oui c’était dur j’ai pas pu y rester

vous aviez quel âge là

euh 20 ans

jeune très jeune en plus

ouais c’est pour ça que j’ai des connaissances assez poussées sur certaines choses sur certaines maladies et ainsi de suite

et là vous vous occupiez de ces personnes là enfin les

oh les malades les folles on s’en occupait oui oh oui oh oui on s’en occupait beaucoup eh oui oh oui le matin vous arriviez fallait les les les lever quoi certaines et ainsi de suite alors je vous donne à penser tout ce qu’on pouvait trouver quand euh on les levait elles faisaient tous leurs besoins on n’avait pas comme maintenant des couches c’était c’était effrayant je n’ai pas pu y rester d’ailleurs j’ai pas pu non je crois que moi aussi oui

oui

oui

oui

moi aussi on m’aurait enfermée (elle rit fort, très fort)

et dans cette maison d’aliénés c’était qui qu’on envoyait

euh surtout des prostituées à ce moment-là oui c’est pour ça que toutes ces maladies vénériennes je les connaissais parce qu’elles étaient toutes euh c’était affreux la syphilis c’était affreux

des prostituées

des prostituées

mais qui devenaient folles qui

oui oui oui oui oui

et pourquoi on les envoyait à cadillac spécialement y’avait une raison

euh ben oui parce que euh c’est euh c’est un asile d’aliénés de fous oui oui oui oh oui vous aviez des

personnes jeunes

oh des personnes jeunes oui euh dans les prostituées vous aviez des personnes de moins de 30 ans oui affreux c’était affreux c’était elles avaient des elles étaient ta… pfuut c’est j’ai pas pas pu y rester 3 ans ça a été suffisant alors euh après bon ben j’ai cousu quoi chez moi

dimanche, 09 septembre 2007

LES DIABLES ROUGES

 

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vos parents faisaient quoi

mon père quand il est arrivé à bordeaux a travaillé dans une fonderie en Espagne il tissait des bas de soie et ici mouleur c’était une autre paire de manches il a travaillé 30 ans dans la fonderie rue Achard ma mère par contre quand je suis née et après il y a eu mon frère après bon elle a travaillé un peu cours du Médoc moi j’allais à l’école rue Dupaty j’ai eu une enfance normale enfin c’est vrai qu’il y a eu le début oui parce que pour les réfugiés espagnols c’était pas toujours facile nous aussi on a eu droit à sale race

les petits français

oui oui on nous le disait malgré que

mais comment vous le viviez ça

à votre avis mal mal mal quand on nous traite de sale race c’est pas toujours très agréable mais bon une fois que nos parents se sont fait connaître on avait les mêmes coutumes qu’eux n’est-ce pas ce qui a fait beaucoup de tort c’était cette image de rouge les rouges moi ma mère quand elle est arrivée dans le Doubs on la regardait parce qu’on disait que les rouges ils avaient des cornes et une queue comme le diable c’était des diables des diables ma mère on la faisait tourner pour voir si elle avait pas une queue et des cornes bon il faut se mettre dans ces mentalités 30 39 les gens n’étaient pas très évolués après aucun problème aucun problème c’est sûr qu’à la maison c’était un peu dur pour les fins de mois mais bon pour la plupart hein et puis je voulais vous dire je peux y’a quand même un paradoxe moi petite on nous nous appelait les apatrides alors que je suis née en France mes parents sont des réfugiés espagnols en fait c’est ça en France on est espagnol donc on est étranger même moi malgré ma nationalité française j’ai toujours été considérée comme espagnole et on va en Espagne et on est considéré comme français là-bas quand on arrive on nous dit voilà les français qu arrivent et ici euh on nous traite d’Espagnols ouh ça

et vous une fois que vous avez été mariés

on a vécu trois ans à Bordeaux et après Lormont en 1970 les premiers logements à Génicart sur le bord de la nationale ça fait 34 ans qu’on est là Lormont ça commençait Lormont c’était des appartements qui étaient super modernes parce que nous ce qu’on a connu autant mon mari que moi c’est euh des vieux immeubles à Bordeaux où il y avait pas d’eau courante les toilettes fallait descendre les étages un seul pour tout l’immeuble moi nous on quand j’étais petite pour l’eau il fallait aller au coin de la rue à la pompe pour chercher l’eau et quand on faisait notre toilette on la faisait à l’évier notre mère chauffait une bassine d’eau et nous baignait l’un après l’autre avec la même eau c’était comme ça à l’époque c’était vraiment euh alors quand on est arrivé dans tout ce confort on vivait dans une pièce de 4 mètres carrés où on y faisait tout et là on a eu 4 pièces la salle des bains les toilettes l’appartement chauffé plus de mazout là enfin on a pu vivre comme une personne dans ces années –là moi je pense que le début des années 70 c’était de bonnes années y’avait du travail oui oui et on était jeunes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

mercredi, 05 septembre 2007

S'AIMER LOIN DE FRANCO

 

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 et vous vous êtes d'origine espagnole

oui oui mon père était né à Grenade (elle râcle sa gorge) et ma mère près d'Aubernados à côté de Nabila comme y'avait beaucoup de misère mon père à l'âge de 3 ans a émigré près de Tarrasa c'est prêt de Barcelone et ma mère aussi ses parents sont venus aussi à Tarrasa parce qu'à Tarrasa y'avait beaucoup de filatures on y filait les bas de soie mon père filait les bas de soie et ma mère travaillait aussi là ils se sont connus là et après il y a eu la guerre d'Espagne chacun a fait sa petite vie de son côté et ils sont passés en 39 au moment où Franco a pris le pouvoir en Espagne et après ils se sont retrouvés en France après beaucoup de péripéties bien sûr

de quelles sortes

ma mère est arrivée avec toute sa famille dans le Doubs ma mère s'est retrouvée à Péronne à cueillir les betteraves dans le sol glacé tout ça ils ont passé énormément de misère mon père a été dans les camps d'internement prêt d'Argelès tout ça y'a eu pas mal de camps et mon père a eu la chance de ne pas partir en Allemagne mais il a aussi travaillé pour eux ces allemands à la base sous-marine à Bordeaux

ah oui

comme énormément de réfugiés politiques à l'époque et puis il a été aussi du côté de Tarnos bon beh il s'évadait on le prenait il se ré évadait on le reprenait et puis finalement ils se sont retrouvés parce que mon père est arrivé en France tout seul lui à l'âge de 20 ans

et votre maman

avec ses parents et ses frères

mais ils se connaissaient déjà

oui oui mais ils étaient ensemble déjà oui oui amoureux l'un de l'autre déjà ils se sont retrouvés dans les années 40 du côté de euh dans le Lot-et-Garonne et c'est là qu'ils ont fait leur vie et c'est là où je suis née en 41 je suis née à Agen moi

et moi à Marmande

je connais bien Marmande parce que j'y allais passer énormément de vacances parce qu'on avait aussi des amis qui étaient réfugiés politiques

oui et il y a beaucoup d'Espagnols dans le

oui oui c'est ce que j'allais vous dire enfin beaucoup de réfugiés moi je dis bien réfugiés politiques parce que c'est pas la même chose que les immigrés qui sont arrivés après mais quelle est la différence

les réfugiés sont venus parce qu' ils acceptaient pas le régime de Franco

oui

et les immigrés sont venus parce qu'ils crevaient la misère en Espagne et ils sont venus travailler et puis survivre quoi et puis beaucoup sont venus faire de l'argent et sont repartis en Espagne

et les réfugiés sont restés par contre

oui en principe oui

parce qu'ils avaient un ressentiment

c'est à dire nous tant que Franco est pas mort on est pas allé en Espagne

ah bon pas du tout

moi j'ai connu l'Espagne en 78 voilà

et vous vous avez grandi dans le Lot et Garonne

jusqu’à cinq ans après je me suis retrouvée à Bordeaux mes parents sont partis à Bordeaux

pourquoi Bordeaux

parce que les réfugiés politiques ils ont toujours été regroupés se sont toujours retrouvés entre eux en association en syndicats et on s’est toujours retrouvés et le dimanche il y avait des fêtes euh ils étaient très très unis nous qui étions en ville on allait voir ceux qui étaient dans les campagnes et on allait à l’époque des vendanges les aider on se retrouvait tous les dimanches on était heureux d’être ensemble de manger ensemble nos parents parlaient de leur chez eux en Espagne de leurs souvenirs de la guerre et surtout surtout de l’avenir parce que quand ils sont arrivés en France ils pensaient pas rester en France aucun d’eux eux pensaient que Franco allait pas rester longtemps allait mourir ou qu’on allait enlever et eux pourraient rentrer malheureusement Franco est resté encore 40 ans alors euh ils avaient 60 ans quand il est mort 60 65 ans c’était trop tard pour beaucoup de retourner en Espagne leur famille était ici leurs enfants avaient été élevés en France

donc vos parents quittent la terre pour la ville

ben oui ben oui

mais vous savez pourquoi

ils se sont regroupés avec d’autres réfugiés et puis le travail monsieur le travail il fallait faire gaffe aux allemands parce que ceux-là ils vous envoyaient dans des camps nous les rouges

à Bordeaux vous habitiez où

à Bacalan rue Chantecrit

ah d’accord

j’y ai grandi jusqu’à ce que je me suis mariée avec Pépito le fils d’ami de mon père on s’est rencontrés enfants on s’est un peu congratulés quand on avait 16 ans et puis voilà quoi ça a continué on s’est connus parce que nos parents étaient dans le même syndicat

c’était comment Bacalan

enfin non pas vraiment Bacalan moi c’était Bordeaux Nord Bacalan c’était mal famé j’ai eu une enfance heureuse moi monsieur

 

 

vendredi, 31 août 2007

un amour de demoiselle

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si vous ne deviez me dire qu’un seul souvenir ça serait lequel

eh ben que je me suis pas mariée voilà c’est ça faut pas l’dire (elle rit) faut pas l’ dire pourquoi parce que parce que parce que euh j’allais passer les vacances à la campagne chez une dame qui est un peu parente on avait connu les p’ tits paysans là où on allait garder les vaches et les oies bon et puis alors y’en avait ils étaient tous très simples ces gens bon avec ma sœur et une cousine et puis alors y’en avait un bon qui lui était pas paysan on a échangé l’adresse hein puis c’est amusant c’était pas celui avec qui j’étais hein il m’a demandé l’adresse on a échangé l’adresse on a échangé l’adresse sur un gros caillou de l’adour parce que c’était dans les basses dans les hautes pyrénées entre tarbes et plaisance du gers et bien alors là ben avec celui-là on s’est écrit pendant 6 ou 8 ans c’était un amour platonique épisolaire alors j’sais pas combien 500-600 lettres je les ai brûlées avant de rentrer là

pourquoi

pourquoi qu’en aurais-je fait pourquoi pourquoi parce que je n’avais jamais envisagé que je pourrais me marier avec lui hein parce que nous n’étions pas du même milieu social moi j’étais et je suis encore roturière et lui ne l’était pas hein mais quand même il a été très honnête parce qu’un jour il m’avait dit oh y’a une chose je ne pourrais pas me marier avec toi ben j’ lui dis j’ t’ en demande pas tant restons copains et au fond ça veut pas dire que j’aurais été heureuse parce que son caractère enfin

et lui s’est marié

oui oui il a été influencé par sa sœur par sa sœur qui était très amie avec les deux frères de la jeune fille très amie plus que ça les et le père de cette jeune fille était commandant ils avaient un pied à terre là-bas à plaisance du gers et alors c’est elle sûrement qui et puis il avait pas l’air de trop vouloir se marier j’ sais pas si ça a été très très très réussi comme mariage au début non ça c’est sûr enfin soit mais je n’ai pas été déçue parce que je ne l’ai jamais envisagé hein

et vous l’avez revu quand même

ah alors sacrément oui un jour mais longtemps après mon ami que la correspondance a cessé bien sûr un jour nous étions avec ma mère aux eaux bonnes à l’hôtel du commerce en face du casino il faisait mauvais il faisait mauvais alors j’écris à mon ami là de la batturivière il fait mauvais il fait mauvais il dit ben descendez descendez là où on elle qui nous héberge pendant les vacances il fait soleil dans la plaine alors on décide on s’en va et puis en arrivant à tarbes on descend du train ma cousine qui était une malgache son père était trésorier-payeur général de madagascar à la retraite alors elle est venue avec sa belle traction à la gare voyez la date hein alors elle dit oh éva la dame chez qui j’étais petite en vacances qui était gentille oh que oui éva est fatiguée parce qu’elle était hier soir au château elle a été aider joséphine la cuisinière c’était le mariage de pierre vous pensez un coup de couteau parce que quand même ça me faisait mal d’arriver le jour de son mariage hein j’étais bien placée pour donner mes félicitations mais (elle rit) enfin je préférais pas hein et j’ai eu la chance il était parti le soir même et après alors longtemps après une amie une grande amie qui avait sa fille aux minimes à toulouse alors elle allait la voir souvent un jour elle me dit oh dis donc on va chez claudine tu viens on peut t’emmener on aura peut-être l’occasion de voir pierre oh ben je dis oui oui mais à ce moment-là j’avais plus mes parents hein alors nous allons chez la chez la fille et elle a téléphoné effectivement elle l’a trouvé c’est lui qui a répondu et il a dit oh mais c’est loin oh ben c’est à 30 kilomètres hein alors elle dit mais nous prendrons nous prendrons l’autobus oh il dit pas question y’a des voitures ici et effectivement il est arrivé avec une voiture une belle deux chevaux alors il s’est amené

cela faisait combien de temps que vous ne l’aviez pas vu

c’est lui qui me l’a dit alors mon amie lui dit vous voulez vous voulez un café monsieur pierre vous n’avez pas un cognac il lui dit (elle rit) très à l’aise et alors il me dit tu te rends compte depuis quand nous ne nous sommes pas vus 27 ans 27 ans 27 ans

vous aviez dû le trouver changer

non non non alors il m’a raconté il avait 4 enfants et alors maintenant je sais pas pourquoi mon ami mais je n’y fais que penser que ça m’empêche de dormir et je dis qu’est-ce qui m’empêche j’ai eu le numéro de téléphone on peut par minitel hein je l’ai pas fait je l’ai eu par le 12 pour savoir s’il est mort ou s’il est vivant je l’ai pas fait j’ai pas encore osé le faire et quelquefois il allait dans cette propriété là qu’il habite maintenant euh quand il voulait se ressourcer il dit ça il dit oh j’y vais à noël pour me ressourcer alors il aimait il aimait beaucoup il aimait assez la solitude il allait chasser et puis il allait faire euh jouer aux cartes avec son métayer et sa femme seul oui sans sa femme il allait dans sa propriété seul pour se ressourcer elle aimait pas ça tellement moi ça m’aurait pas euh parce que voyez il est f… de caractère froid hein puis moi un peu pas chaude quoi alors je me disais en moi qu’aurait fait le choc de l’iceberg et la banquise (elle rit) eh bien on s’entendait bien comme ça on s’écrivait plusieurs fois par semaine et puis j’étais contente de recevoir ses lettres je me suis contentée de courrier vous voyez

vous y pensez souvent en ce moment

eh ben oui et pourquoi mon ami pourquoi je vous le demande parce que je me dis est-ce qu’il est mort est-ce que il avait 4 ans de moins que moi il était de l’âge de ma sœur il a 85 ans

il suffit de passer un coup de téléphone

ben oui je téléphone que je tombe sur n’importe qui sur le métayer sur sa femme sur n’importe qui pour savoir s’il est mort ou s’il est en vie demander son état de santé

vous avez envie mais en même temps vous n’osez pas

euh oui mon ami oui j’ai son numéro là je l’ai eu hier par le 12 c’est à gorêt près de toulouse il était il était avocat et l’autre jour à la télé là ça m’a rappelé parce que quand ils font les champions vous savez là vous le regardez là euh lepers lepers alors dans les questions y’en a un on lui demandait quelque chose il a répondu quelque chose qui me l’a rappelé parce qu’il étudiait le droit hein et je me rappelle très bien il a dit oui la loi le châtelier je me suis rappelé très bien quand il étudiait y’avait la loi le châtelier curieux hein voilà mais si je le ferai si je le ferai qu’est-ce que je risque ben rien juste lui aussi il doit se dire elle est p’t’être morte (elle rit) il y pense lui aussi et alors nous allions là à la battue à la pêche à la fourchette c’était agréable on avait de l’eau à moitié jambe et puis une lampe à cétylène pour euh les attraper et puis on les piquait et au retour on mangeait du jambon et du pain mais enfin mais nous étions vous saviez des les jeunes ne le croiraient pas hein parce qu’il n’y a jamais eu ça a été toujours d’une correction d’une réserve d’une distinction d’une

alors que maintenant ça irait beaucoup plus vite

oui oui enfin (long silence) je dis que je le ferai si si je le ferai je l’ai son numéro là vous voyez là sur la table de nuit mais bon je crois pas que j’oserai (long silence) et vous mon ami ça vous dérangerait de le faire

mardi, 14 août 2007

camping

 
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mais des souvenirs des vacances euh pfffft j’en ai comme tout le monde on campait on avait acheté une petite caravane pliante et nous amenions chaque année un neveu un p’tit neveu n’ayant pas d’enfant nous suivions ceux des autres voilà

vous campiez alors à partir de quelle année

on a commencé à camper en 46 l’année après le mariage mon mari m’a dit si ça te plaît on va louer une tente enfin si ça te plaît pas on en achètera pas et puis ça m’a plu et nous avons mordu nous avons campé 30 ans voilà

c’était toujours au même endroit

oh non bien sûr que non nous avons campé une dizaine d’années à l’île de ré tous les ans mais nous avons mais nous avons également fait l’achat d’une caravane pliante et nous avons voyagé nous sommes allés jusqu’en bretagne nous sommes allés dans le nord nous avons fait des cimetières anglais des cimetières allemands nous avons nous avons voyagé oui nous avons voyagé et nous en avons bien fait d’en profiter puisque mon mari est tombé aveugle je l’ai gardé 5 ans aveugle voilà ça a été une entrave à notre bonheur voilà monsieur c’que je peux vous dire mais enfin vous savez cette guerre a a a quand même fait bien des misères parce que c’est trop long ça a été trop long et cette présence allemande a été pénible voilà espérons que ce sera la dernière hein espérons (elle rit) quand vous partiez en 46 avec la toile de tente vous deviez être les premiers à faire ça non ah oui oui oui

et pourquoi votre mari avait eu cette idée de faire du camping

nous étions les premiers monsieur et nous avons fait le feu le feu de bois pour la cuisine nous n’avions pas de réchaud butagaz à ce moment-là monsieur nous avions des matelas pneumatiques c’était tout à fait le camping euh provisoire hein pas le camping de maintenant mon mari lorsqu’il arrivait créait oui monsieur créait des waters entourés de planches on faisait un trou pour ne rien laisser de sale et nous avons campé vraiment les pre… dans les premiers campings nous avions campé à l’île de ré parce que nous avions des amis qui avaient une tante qui connaissait bien le maire et qui nous avait accepté de camper oui les premiers campeurs quand il est euh parti euh enfin nous lui avons offert l’apéritif et il nous a dit je vous félicite je n’aurais jamais cru que vous pourriez faire un camping comme ça (elle rit) voilà

et après ça a été la caravane pliante c’était en quelle année

pliante mais en dur

c’était en quelle année ça vous vous en souvenez

oh plus tard vers 53 ou 4 nous étions un peu plus riches parce que les premières années nous n’étions pas riches

là aussi vous deviez être les premiers

oh oui oh oui ça vous pouvez le dire ça nous l’avions vu à la foire elle nous plaisait et nous l’avons commandé euh du côté d’angoulême nous l’a… nous avons campé plusieurs années avec et après nous l’avons vendue voilà et nous avons été très heureux monsieur ça je peux vous le dire je peux vous dire que si y’a des gens qui savent pas être heureux de la vie c’est pas nous on a eu de gros pépins parce que j’ai fait cinq mois de lit pour garder un p’tit bébé et puis nous avions des groupes sanguins qui s’opposaient ça a été un très gros chagrin dans notre ménage ça monsieur mais on ne s’est pas séparés on s’est soudés et on s’est supportés chose que les jeunes ne savent plus faire maintenant ils sont pas patients et même vous voulez que je vous dise moi monsieur oui dites-moi eh ben ils sont pas assez amoureux les jeunes (elle rit)

si vous deviez madame s’il devait y avoir un jeune homme ou une jeune fille qui allait commencer une vie de couple quel conseil lui donneriez-vous

vous allez vivre en couple vous hein

euh c’est à dire que euh

beaucoup d’abnégation de la part de la femme davantage que de la part du mari parce qu’une femme doit donner elle doit être très compréhensive et elle doit donner elle doit être très compréhensive et elle doit donner et beaucoup d’amour monsieur il n’y a que l’amour monsieur qui sauve vraiment un couple on peut se fâcher on peut avoir une petite dispute mais si on s’aime on se réconcilie toujours oui monsieur et puis une entente physique ça oui et c’est primordial aussi ça et une entente morale je me demande si je dirai à ce petit jeune moi je dirai aux jeunes d’être patients de de se supporter oui monsieur de se supporter et de s’aimer

très bien je vous remercie

c’est ma conclusion

samedi, 11 août 2007

"je me surprends à être ému par la multitude de cheminées de bateaux"

 

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j’ai pris la porte à 17 ans ma mère m’a dit t’es pas contente tu prends la porte j’ai pris la porte j’suis partie j’ai été au bureau de placement j’ai trouvé une place

attendez à 17 ans vous êtes partie

je suis partie de chez ma mère parce qu’elle m’a foutue dehors (elle rit)

ça vous fait rire

eh oui vous voulez pas que j’en pleure 70 ans après enfin presque quand même alors euh je suis allée au bureau de placement j’ai trouvé une place

c’est quoi un bureau de placement

eh ben comment ici là ils appellent ça le machin là

l’ANPE

non les bureaux intérimaires

ah d’accord les boîtes d’intérim

intérim oui c’est ça bravo tandis qu’à l’époque vous voyez on appelait ça le bureau de placement alors y’avait une place à rochefort femme de chambre dans un chez le comte et la comtesse des ménards chez la comtesse des ménards alors là j’ai j’ai fait ma petite valise et puis me voilà partie eh oui je suis partie eh oui avec ma petite valise là je suis arrivée chez la châtelaine et là on était deux enfin deux femmes la cuisinière un chauffeur et moi comme femme de mé de ména non femme de chambre à 17 ans oui alors un jour je dis j’ai dit j’en ai marre j’ai dit à la femme de chambre (elle rit) non c’était moi j’ai dit à la cuisinière on se barre toutes les deux

vous aviez quel âge

17-18 ans j’ai dit on se barre j’en ai marre d’la comtesse là elle nous (elle rit) elle nous f’sait lever le matin à 5 heures le soir alors un jour j’lui ai dit madame la comtesse y’a des heures pour se lever le matin mais avec vous y’en a pas le soir pour s’coucher le soir c’était des veillées c’était le grand monde qui venait se bringuer toute la nuit mais à 5 heures du matin fallait quand même se lever alors j’ai dit à la cui à la cuisinière j’ai dit on se barre toutes les deux on se taille mais oui elle me dit moi elle veut pas m’payer j’ai dit moi j’ai un peu d’argent d’avance (elle rit) j’te paierai ton voyage on est allées sur la route le car qui faisait angoulême rochefort oui rochefort j’crois non

vous êtes retournée à angoulême

ben oui où aller avec nos valises là où aller

vous êtes parties à l’aventure

oui on est parties à l’aventure si vous voulez alors le chauffeur du car nous dit j’connais un petit bistrot on ira voir si elle veut vous recevoir pour la nuit après demain vous vous arrangerez on arrive dans ce bistrot alors la la femme était en train de souper on avait faim nous je regardais ce plat j’dis si elle pouvait nous en donner un peu et ça s’trouvait pour les fêtes de noël alors on lui demande si elle pouvait pas elle dit j’peux vous coucher aussi mais c’est tout c’que je peux faire elle nous a couchées pour la nuit le lendemain on est parties encore chercher du boulot moi j’lai trouvé parce que la femme m’a gardée

ah bon

elle m’a dit écoutez puisque vous trouvez rien j’vous garde mais j’avais pas l’droit d’aller servir au p’tit bistrot là

parce que vous étiez trop jeune

ah j’étais trop jeune c’était j’avais 21 ans ah oui autrement y’avait la police police des mœurs

ah oui la police des mœurs quand même

je gardais trois gosses j’m’occupais des trois gosses alors ils étaient bien mignons mais bon les torcher et tout là j’ai dit un jour quand même j’irais bien servir moi mais si j’ me fais choper alors je (elle rit) j’ me suis mariée alors là une fois mariée j’avais l’ droit d’aller servir au restaurant

vous vous êtes mariée uniquement pour servir

oh oui et alors parce que j’ voulais servir j’ voulais et j’ voulais une alliance c’est ça j’ voulais une alliance pour m’ faire appeler madame parce que c’est bien beau d’garder les mômes mais ce serait quand même je s’ rais quand même d’aller d’aller les servir qu’est-ce que j’ fous là

mais qu’est-ce qui vous plaisait vous de servir les gens

eh j’ ramassais les je gagnais plus de pognon ils m’laissaient la pièce ah y’avait l’pourboire et alors

et vous vous êtes mariée mais vous avez pas pris

oh ben pas

mais entre nous vous étiez amoureuse ou pas

eh oh c’était pas le premier venu quand même le pauvre gars (elle rit) alors j’étais bien j’étais lui travaille il est boulanger moi j’étais nourrie alors je je bossais là comment mais enfin j’pouvais les servir c’est c’que j’voulais aller servir et m’faire appeler madame et puis avoir cette alliance ah j’voyais ça à ce doigt là j’dis si j’en avais une comme ça

qu’est-ce qui vous plaisait dans l’alliance

eh ben me faire appeler madame

ah oui

ah oui on disait ma… on disait plus mademoiselle on disait bonjour madame vous allez bien madame très bien madame merci madame au-revoir madame à bientôt madame

c’est important de ne plus être mademoiselle

ben non mais enfin j’trouvais qu’ça faisait mieux de dire madame (elle rit) ça faisait plus riche ça oui oui ça faisait plus riche eh oui vous monsieur on vous appelle toujours monsieur

et c’était où ça madame

à angoulême angoulême toujours angoulême alors après je me suis donc j’ai restée dans cette place assez longtemps et un jour mon mari m’dit à l’hôtel de à l’hôtel où il portait les croissants le matin ils demandent euh du personnel j’en ai alors je suis allée au à c’t’ hôtel un chic hôtel et alors là j’ai été comme serveuse alors j’étais chic hein oh alors là des talons hauts des belles robes avec des revers blancs j’étais vraiment euh j’y ai resté sept ans là-dedans c’était merveilleux mais alors c’est ces valises qu’il fallait traîner y’avait pas l’ascenceur fallait les traîner à la main (elle rit)

ces gens qui venaient à cet hôtel c’était des gens riches

ah des gens riches oui ah oui j’ai même reçu le roi du maroc le père de celui qui règne maintenant oui on avait tous les artistes descendaient annie ducot pierre blanchard pierre richarwill bourvil euh et celui qui était si vilain là comment y s’appelait euh renaud borderie

qui

renaud borderie

qui c’est celui-là

c’est moi

(elle rit) oh ça va montrez-vous oui y’a pire (elle rit) euh pierre

quelqu’un de vilain simon

oui c’est ça ah oui ah oui oh là là il était vilain celui-là c’est comment son nom exactement

je vois qui vous voulez dire

oui comment il s’appelle

je ne sais pas je ne sais plus mais je vois qui vous voulez dire et vous aviez quel âge

ben vingt deux ans

vous n’aviez pas d’enfant

euh j’vais si ma fille mais alors là j’ai quitté mon travail quand j’ai eu ma fille je suis restée à la maison

et votre mari était toujours boulanger là

toujours boulanger lui oui ouais

et après vous avez repris le travail

ah non ah non mon mari a dit tu restes à la maison comme moi je on se marie c’est pour que tu partes le matin et rentres le soir c’est que l’hôtel on rentrait y’avait pas d’heure pour rentrer hein

mais vous vous deviez être malheureuse de rester à la maison non

non ah non après j’avais ma fille à m’occuper j’avais mon mé mo ménage ma cuisine et faire la lessive non y’avait j’avais quand même à m’occuper

et combien de temps êtes-vous restée à angoulême

je suis arrivée ici en 48 oui j’habite dans la région depuis 48

pourquoi bordeaux votre mari avait été muté

non je suis venu avec ma fille seule vous voyez j’voulais voir d’autres choses j’voulais voyager un peu moi j’étais divorcée ma fille est rentrée oui chez une des professeurs du lycée montaigne pour garder un p’tit bébé alors là on était tranquilles enfin et voilà maintenant j’suis ici

tout à l’heure vous me disiez que vous n’avez rien à me dire à me raconter vous êtes une sacrée aventurière dites donc

oh

vous partez de chez vous à l’âge de 17 ans parce que votre beau-père vous battez puis vous vous débrouillez pour devenir serveuse

ah oui oh là j’étais bien

en 48 vous quittez tout et vous venez vivre à bordeaux avec votre fille

et alors

vous êtes courageuse

ah il fallait l’faire vous savez les gens ne sont pas toujours ce qu’on croit moi c’était quand même pas la valise en carton mais presque (elle rit)

et en 48 vous recommencez une autre vie

je faisais des ménages et alors après je suis rentrée comma aide-ménagère je m’occupais de personnes âgées voilà ma p’tite vie et elle s’arrête là ici

quelle leçon tirez-vous de tout ça

vous savez on se fait à tout à tout oui vous pouvez me croire bon quelle heure il est là on se fait à tout oui faut bien eh michel simon

pardon

oui michel simon c’est ça celui qui était si laid c’était michel simon oh là là qu’il était laid

mercredi, 08 août 2007

sa vie en 35 lignes

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qu'est-ce que c'est Monsieur

vous m'avez dit je vais venir vous voir mercredi 8 à 14 heures et je vais vous poser des questions sur votre vie c'est ce que vous m'avez dit ou non

oui je vous ai dit ça mais ce papier c'est quoi

c'est les choses importantes que vous voulez savoir de ma vie

moi c'est pas c'est pas pas que les choses importantes qui

vous voulez savoir à quelle heure je me lève ah non dites pas ça quand même

et pourquoi pas à quelle heure vous vous levez

ça c'est pas grave ça d'abord je dors mal moi oui ben moi c'est les choses importantes que je veux vous dire alors comme j'avais peur de les oublier en parlant avec vous comme ça là dans la conversation vous savez quelquefois ça euh bon alors je les ai notés tenez

tout est écrit sur ce papier

oui

toute votre vie

oui pas celle du voisin c'est pour vous vous le lirez chez vous

ah non c'est à vous de la lire votre vie

oh dites moi vous oh là là hein je me suis appliqué pour écrire et tout (long silence) bon si vous voulez (il tousse) je viens d’une famille très pauvre je n’avais que quatorze ans quand j’ai commencé à travailler mon père était agriculteur et ma mère restait à la maison pour s’occuper des enfants et du ménage je ne pouvais pas continuer mes études j’ai arrêté d’aller à l’école à quatorze ans après l’obtention de mon brevet à cette époque ma famille le Maroc et moi-même on vivait sous la colonisation française jusqu’en 1956 on a été sous colonisation française les Marocains ma famille vivaient dans la misère le pays était divisé en deux il y avait le clan français et le clan marocain il y avait des barrages partout même les cinémas étaient divisés en deux bien sûr les Français vivaient dans la partie moderne du Maroc et les Marocains eux dans la partie ancienne tous les soirs il y avait une heure précise pour rentrer chez nous on appelait ça le couvre-feu tu ne pouvais pas rester longtemps dehors le soir je vivais à Mecknès c’est la ville où je suis né et puis un jour les Marocains se sont rebellés ils voulaient l’indépendance les Français ont enfin quitté le pays ils ont emporté les biens ils ont emporté les savoirs  le pays était libre mais il était détruit par vengeance par colère les Marocains ont détruit les plantations que les Français avaient mis en place ils ont détruit le peu de choses qu’on leur avait laissé j’ai commencé à travailler à quatorze ans après mon brevet je me suis inscrit au concours d’infirmier pour soigner les animaux et plus particulièrement les vaches j’ai réussi mon concours du premier coup et j’ai commencé un stage de six semaines je me souviens que j’ai reçu une lettre d’un copain qui travaillait en France plus précisément en Corse il me disait de venir le rejoindre j’ai refusé je me sentais bien au Maroc je touchais de l’argent je me payais mes affaires je n’avais pas besoin d’autres choses jusqu’au jour où ma mère est morte tout est allé mal alors mon père a rencontré une femme avec laquelle il s’est mariée avec qui il a eue beaucoup d’enfants cette femme je ne l’ai jamais considérée comme ma mère même si c’était la nouvelle femme de mon père la famille s’est dispersée j’avais 18 ans j’en avais marre pardon pour ce mot mais j'ai cherché j'ai cherché d'autres euh ma fille elle est à la fac elle est intelligente m'a dit t'inquiètes alors bon et j’ai quitté la maison je suis parti pour la France je suis parti pour la corse j’ai réussi à y entrer et j’y ai travaillé comme agriculteur pendant un an puis ensuite j’ai travaillé à Marseille puis à Lille je suis reparti dans le sud puis dans l’ouest dans l’est et j’ai décidé de m’installer à Bordeaux où j’ai préparé un CAP de soudeur j’ai obtenu mon diplôme du premier coup je suis arrivé le premier c’est à dire que j’ai obtenu la meilleure note de toute la classe j’ai tout de suite trouvé à travailler j’ai beaucoup travaillé en intérim aujourd’hui je suis à la retraite mais j’ai eu un emploi fixe à Cenon aujourd’hui je suis père de cinq enfants Rachid Fatima Nabila Nabil Malika et je suis fier d'eux et je les aime voilà monsieur voilà c'est ma vie j'ai compté il y a 35 lignes

 

 

 

 

 

 

 

 

samedi, 28 juillet 2007

ce monsieur, ce matin même

 


 

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et quand l'Allemagne est rentré en France ils ont commencé à ramasser les autres Marocains les jeunes comme moi quoi moi j'avais presque vingt ans et je me suis caché pour ne pas y aller en France tu vois pour faire la guerre contre les allemands



 



ah oui d'accord mais qu'est-ce qu'on leur disait à ces jeunes pour qu'ils partent en France qu'est-ce qu'on leur disait



 



on leur disait tu verras c'est ça la France et on leur donnait un peu d'argent et puis après on leur a plus donné le choix moi faire la guerre non non non non



 



mais vous êtes caché où



 



oh là là dans des cachettes dis donc je vais pas te dire mes cachettes



 



qu'est-ce qui a fait que vous vous disiez je ne veux pas y aller



 



les premiers rassemblés je te dis on leur donnait de l'argent et après on prenait tout le monde on avait plus le choix tu parles moi j'avais peur de cette guerre mais je me souviens plus de ce qu'on disait moi j'étais encore petit je savais pas la France la guerre non mais tu vois moi je comprenais pas pourquoi les Français étaient au Maroc et qui étaient les Marocains qui avaient ramené les Français au Maroc sur le plan politique on savait pas ce qui se passait non je connais pas je comprends pas ce que tu fais parce que tu vois au Maroc c'était comme la France là-bas les français commandaient tout le monde comme ici mais ici bon c'est normal y'avait la gendarmerie française



 



mais vous en souffriez au quotidien



 



ça nous intéressait pas à l'époque à l'époque c'était comment vivre tu vois on était comme des poules qui cherchent leur nourriture après qui est là qui commande pourquoi les poules elles ont faim moi quand ma mère s'est mariée j'ai vécu un peu avec elle son mari avait une ferme et il était âgé je l'aidais à la ferme où il était employé j'étais payé quatre centimes d'époque



 



par jour



 



par jour on était très pauvre on travaillait chez des français



 



mais quand avez-vous quitté votre village



 



entre vingt vingt-cinq et trente ans peut-être j'ai quitté mon petit village pour la ville



 



mais quelle ville



 



Casablanca Rabah mais partout où tu trouvais un patron partout



 



mais qu'est-ce qui fait que vous soyez parti de votre village



 



le travail le travail



 



vous avez pas eu peur de partir quitter la campagne pour la grande ville



 



j'étais mûr monsieur ça me dérangeait pas et j'avais de la famille à Casablanca



 



mais quel travail avez-vous fait à Casa



 



de tout quelquefois ça quelquefois ça dans le bâtiment je travaillais la pierre je montais les murs avec des cailloux enfin je regardais beaucoup parce que d'abord je faisais l'apprenti et puis après je connais je connais en regardant j'ai compris comment on faisait le métier de maçon oui en regardant moi je regarde



 



mais quitter votre village c'était pas très dur



 



non non non je faisais des navettes et puis il fallait manger vivre j'emmenais mon salaire à ma mère je restais avec elle et je repartais une fois qu'il y avait plus d'argent



 



vous rameniez l'argent à votre maman



 



oui après je me suis marié au bled avec une cousine elle s'appelle Zaïa et maintenant elle est avec moi ici on a eu six enfants tous les deux je travaillais dans la ville mais ma famille est restée avec ma mère je les voyais quand je descendais au village



 



vous rentriez souvent au village



 



y'avait 200 kilomètres alors quand j'avais de l'argent je rentrais quand y'avait pas d'argent c'est comme ça la vie



 



combien d'enfants sont nés au Maroc



 



un seul est né en France



 



très bien après l'épisode casablanca il y eut la France donc



 



c'est mon employeur qui m'a ramené en France il s'est occupé des papiers et du regroupement familial puisque moi je suis arrivé en 1965 en France avec mon employeur mes enfants ma famille sont arrivés en 68



 



vous aviez quel âge à ce moment-là



 



eh bé euh euh calculez (on rit) oui oui q



 



uand votre employeur vous a proposé de partir en France vous avez hésité ou pas



 



non pas du tout on travaillait chez lui là-bas il était bien il nous a demandé on a pas dit non et c'est lui qui a fait le nécessaire pour nous c'était une corvée de moins et voilà



 



mais pourquoi votre patron est parti en France



 



c'était un français



 



ah très bien avant de parler de votre arrivée en France je voulais vous demander comment vous avez vécu l'indépendance de votre pays



 



je m'en foutais je travaillais avec un patron je travaillais j'avais un salaire c'est tout ce qui comptait pour moi vivre



 



mais vous l'indépendance a changé quelque chose sur le plan financier sur le plan les conditions de vie ou pas



 



mon patron est parti en France juste après l'indépendance donc moi j'ai pas vécu tout ça il a ramené ses employés en France j'ai pas su ce que le Maroc est devenu

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