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vendredi, 29 février 2008

lu sur le site du Monde ce soir (j'ai peur)

La famille du théâtre réunie à l'Odéon

La scène du Théâtre national de l'Odéon en a vu de belles. Des scandales (Les Paravents, de Genet, en 1966), des occupations historiques (Mai 68). Mais une telle distribution, réunie pour dénoncer "l'asphyxie du théâtre public"... Les vétérans cherchent, en vain.

Ils sont tous là, mercredi 27 février. De A comme Alfredo Arias à W, comme Gérard Watkins. Les anciens comme André Engel, Claude Régy ou Jean-Pierre Vincent, et les plus jeunes, Emmanuel Demarcy-Mota, Jean Lambert-Wild ou Arnaud Meunier. Les patrons d'institutions, Muriel Mayette (la Comédie française), Stéphane Braunschweig (Théâtre national de Strasbourg), Olivier Py (Odéon), et les directeurs de compagnies, les Martial di Fonzo Bo, Jean-François Sivadier, Joël Pommerat. La plupart ont pris place sur des chaises, ou à même les planches. D'autres sont au premier rang de la salle, comme Patrice Chéreau ou Ariane Mnouchkine. Le gotha du théâtre français.

 

Ils sont "heureux d'être tous réunis", évidemment. Olivier Py, puissance invitante, ne manque pas de le souligner. D'autant que "tout s'est organisé en quatre jours, sans soutien syndical ni légitimité institutionnelle", insiste Jean-Pierre Vincent. Mais comme souvent, dans les grandes familles, l'occasion n'est pas très gaie.

 

Le symptôme peut paraître anodin. "6 % de gel de crédits pour certaines compagnies, 4 % pour d'autres, ça ne fera pas trembler la Banque mondiale", sourit Jean-Pierre Vincent. Mais ce chiffre en cache d'autres, insiste Arnaud Meunier : "L'action artistique et culturelle est sacrifiée avec des baisses de 20 % en moyenne qui concernent prioritairement toutes nos actions en milieu associatif ou institutionnel (hôpitaux, prisons). Les lignes budgétaires pour les actions internationales ou de formation professionnelle sont presque toutes supprimées." Sans compter la hausse du coût de la vie, qui n'a pas été prise en compte depuis 2002.

Mais à les écouter, il y a beaucoup plus grave que ce manque d'oxygène. "Aujourd'hui, tout ce qui relève de l'agitation des idées, de l'agitation des pensées, par le rire ou par les larmes, ça gêne", s'emporte Didier Bezace, directeur du Théâtre de la Commune d'Aubervilliers.

Alors que faire ? Soutenir l'action syndicale et nourrir la manifestation organisée vendredi 29 février, au Palais-Royal, comme le recommande Jean-Pierre Vincent ? Participer aux Entretiens de Valois, ces rencontres initiées par la ministre de la culture pour remettre à plat le système, comme le souhaite Georges-François Hirsch, président de la Fédération des employeurs du spectacle vivant privé et public (FEPS) ?

Insuffisant ou illusoire, a rétorqué Ariane Mnouchkine. Annuler le gel ne serait qu'" une victoire de chauffeurs de taxi. Nous devons nous faire comprendre de nos compatriotes, qui pour beaucoup nous rejettent dans une nomenklatura de privilégiés", a lâché la directrice du Théâtre du Soleil, provoquant un certain froid. Elle invite à agir au-delà du seul monde du théâtre. Car "nous n'avons pas un gouvernement normal".

La phrase a "choqué et blessé" Christine Albanel. Dans l'après-midi, la ministre de la culture a improvisé une conférence de presse pour assurer qu'il n'y avait "aucun désengagement". Et ce rassemblement exceptionnel ? "Une inquiétude qui n'est pas justifiée", a-t-elle conclu.

Nathaniel Herzberg

samedi, 23 février 2008

lu sur le site de Libération ce matin

Juppé fait (vraiment) campagne

MUNICIPALES - Il est plutôt relax. Col ouvert, pull en laine, sirotant un café dans son QG de campagne, Alain Juppé est souriant, confiant, presque désinvolte. Sauf quand il évoque son adversaire. La voix se fait plus sèche, le propos plus abrupt. Il aimerait glisser. S’en tenir à son très sobre : « Je n’ai pas envie d’en parler ». Mais épingle les « menteries » et les « fadaises » du camp d’en face, « ces personnes dont la principale qualité est la méchanceté ». C'est plus fort que lui.

Ces dernières semaines, la tension est montée d’un cran à Bordeaux. De la campagne courtoise où chacun se plaisait à afficher son respect mutuel, où l’on partageait l’affiche en bonne intelligence lors des manifestations officielles (lancements de chantiers, ou de programmes culturels), le climat a tourné querelleur. On se chamaille, on s’accuse, on s’exaspère. Plus question désormais de se croiser en dehors des débats codifiés. Et le chalengeur socialiste n’est pas en reste, dénonçant sans relâche « un système clanique », attaquant le maire sortant sur sa gestion, son « manque de transparence », ou la fuite des entreprises. Les concurrents en sont même à se taxer mutuellement de « copiage ». En réponse à « l’idée du jour » lancée par les socialistes, Juppé répliquait par « le plagiat du jour ». Quant à Rousset, il jure que l’UMP a voulu imiter sa liste et que son adversaire récupère toutes ses propositions. Bref, pour la première fois, Bordeaux découvre les orages d’une campagne disputée, avec une gauche unie, emmenée par un leader reconnu, capable –ce n’était pas arrivé depuis soixante ans – de faire trembler la droite.
Député de la septième circonscription de Gironde et président de la région Aquitaine, Alain Rousset a la carrure pour tenir tête à l’ancien Premier Ministre. Juppé le sait, et jamais il n’a mené une campagne aussi méthodique. Les quartiers sont labourés un à un. Le candidat rencontre les jeunes dans les bars, les vieux sur les marchés, et les actifs chez eux, lors de « réunions d’appartement ». Les communiqués tombent comme s’il en pleuvait. Chaque soir son meeting, chaque après-midi son point presse. Sans compter le site internet, le blog et la page Facebook. Car le maire sortant joue gros. Après son exil au Québec, sa reconquête de Bordeaux à la hussarde en octobre 2006 avec plus de 55% d’abstention, puis son échec aux législatives de juin dernier qui l’a contraint à se retirer du gouvernement, c’est sa survie politique qu’il engage sur ce scrutin. Pour le moment, les chiffres sont favorables, et le donnent même vainqueur dès le premier tour. D’où la bonne humeur et les sourires.

Mais Rousset est un compétiteur solide et combatif. « Du genre à avoir l’énergie bandée par la difficulté » glisse une co-listière. Pour lui une campagne « rude » est une campagne « stimulante ». Il continue donc à avancer ses pions, rendant coup pour coup et alignant les « chiffres noirs de la municipalité ». « Alain Rousset c’est un peu un diesel, il lui faut juste du temps pour chauffer le moteur », pointe Pierre Hurmic, chef de file des Verts qui font pour la première fois liste commune. Après avoir tergiversé pour annoncer sa candidature, et bouclé sa liste dix jours en retard sur Juppé, il n’a présenté son programme que lundi, trois petites semaines avant l’échéance. Depuis hier, tous les bataillons de militants sont donc réquisitionnés pour le diffuser massivement. « Il était temps, reconnaît Pierre Hurmic. C’est maintenant qu’il faut se donner les moyens et passer au braquet supérieur ». Dans une ville où Ségolène Royal a recueilli plus de 52% des voix à la présidentielle, la gauche ne veut pas laisser passer sa chance. D’autant que son leader a les moyens de ratisser large. Gestionnaire avant tout, pétri de culture d’entreprise, intarissable sur le développement économique et l’innovation, il jouit d’une excellente réputation auprès des patrons (au point que certains de ses proches regrettent qu’il en oublie de parler aussi des sans-papiers). Jouant à fond la carte du terrien et du bon vivant, toutes les occasions sont bonnes pour marquer sa différence de style. Apéro au local de campagne, Rousset trouve le bar un peu tristounet, il s’éclipse et revient conquérant, un carton de Suze entre les bras. Pas intimidé par les réalisations du sortant, il l’attaque même sur son point fort : l’embellissement de la ville. « Bordeaux restera belle, minimise-t-il. Il suffit de nettoyer les pierres tous les 40 ou 50 ans. Mais faire d’une ville un théâtre ce n’est pas seulement créer la belle pièce. C’est aussi s’occuper des acteurs en coulisse ».

Alain Juppé n’apprécie pas du tout, fier d’un bilan qu’il estime reconnu par « tous les observateurs objectifs ». « Oui, les façades ont changé, et tant mieux, parce qu’elles étaient sales et tristes, et qu’elles sont devenues propres et joyeuses ». Son credo, c’est donc de « continuer le changement ». Mais en tirant malgré tout quelques enseignements des déconvenues récentes. La liste d’alliance UMP-Modem a été entièrement refondue, rajeunie, et élargie. Les caciques en sont pour leur grade, subitement relégués aux dernières places. Une fois de plus, cependant, les sacrifices ont été consentis en silence. Et les troupes avancent en rang serré. Le candidat de la droite a  aussi pris bien garde à renouveler ses vœux de proximité, jurant qu’il serait désormais un « maire à plein temps », et qu’on ne l’y prendrait plus à ambitionner d’autres destinées. Heureux hasard du calendrier, le moment semble plutôt bien choisi pour afficher ses distances avec le gouvernement. Galipette de la fortune, c’est peut-être finalement son éviction du ministère qui permettra à Alain Juppé de conserver son siège bordelais. Elle apporte en tout cas à la prochaine élection un écho un peu dramatique qui semble plutôt jouer en sa faveur. Sa tombeuse des législatives, Michèle Delaunay, est la mieux placée pour en parler : « Je crains un courant d’empathie vis-à-vis du soldat Juppé, sur le thème « il a quand même fait des choses, et il a déjà tant subi » ». Ce n’est pas l’intéressé qui va la détromper.

Laure Espieu

mardi, 19 février 2008

lu ce soir (encore) sur le site de RUE 89

 

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Neuilly

Par Rue89    23H03    18/02/2008

Martinon 40%, Fromantin 45%. Le sondage BVA publié samedi 9 février par Le Figaro rompt la quiétude neuilléenne. Le porte-parole de l'Elysée est donné perdant aux municipales dans le fief de Nicolas Sarkozy. Quarante-huit heures d'annonces et contre-annonces plus tard, David Martinon jette l'éponge.

En coulisse, l'issue était pourtant pressentie depuis plusieurs jours. A l'Elysée, où toutes les ficelles sont tirées dès qu'il s'agit de Neuilly, l'offensive contre l'ami intime de Cécilia Sarkozy était connue de tous les conseillers.

Depuis que Patrick Buisson, conseiller de Nicolas Sarkozy, maître ès sondages, a déboulé en début de semaine dans le bureau de David Martinon pour lui expliquer que son sort était scellé, la fameuse enquête BVA à la main.

 

L'étude donne le résultat inverse

Le porte-parole de l'Elysée encaisse le choc dans un premier temps. Mais pousse un coup de gueule plus tard dans la semaine, lorsque le même Patrick Buisson lui fait part d'un autre sondage confidentiel réalisé au même moment, cette fois par OpinionWay. L'étude donne le résultat inverse: David Martinon est en tête avec 45% des intentions de vote. Un score qui n'est pas éblouissant pour le porte-parole de Nicolas Sarkozy, mais moins déshonorant.

Celui qui est encore à cet instant le candidat officiel de l'UMP demande à Patrick Buisson de rendre publics les deux sondages. Le conseiller refuse. Le porte-parole voit rouge. D'autant que le samedi suivant, les médias font bien état d'un sondage, mais seulement de celui effectué par BVA.

David Martinon tente de retarder l'échéance le plus longtemps possible, mais il sait que son retrait de la course à la mairie de Neuilly devient inéluctable. Ses trois principaux collaborateurs, Arnaud Teullé, Marie-Cécile Ménard et un certain Jean Sarkozy, le lâchent devant les caméras. Dans son bureau, le Président lui souffle dans les bronches. Lundi 11, une semaine après le début des manoeuvres, David Martinon annonce que s'en est fini pour lui de Neuilly.

 

L'Elysée à la manoeuvre

Le porte-parole sait qui a donné les coups. Il les a vus venir, il n'a pas su les éviter. Arnaud Teullé, également conseiller de l'Elysée, d'abord. C'est le "traître", comme une partie de l'UMP le surnomme désormais, qui a commandé le sondage BVA, aux dires de Claude Guéant, le secrétaire général du Palais. Patrick Buisson ensuite, qui a refusé que soit publiée en même temps l'étude OpinionWay.

Mais à l'UMP comme à l'Elysée, on se refuse à accréditer la thèse de la cabale contre David Martinon: "L'enquête BVA n'était que la constatation de la dégradation galopante de Martinon, ce n'est pas ce qui l'a déclenchée." Un directeur d'institut de sondages, qui a vu passer plusieurs études sur Neuilly, précise toutefois à Rue89: "Rien ne laissait penser qu'il était condamné d'avance."

Le sondage OpinionWay n'est en effet pas la première enquête d'opinion positive pour David Martinon à être passée sous silence. Il y a un mois, Jean-Christophe Fromantin, le candidat divers droite à Neuilly qui a hérité depuis du soutien officiel de l'UMP, commandait un sondage auprès du même institut: le porte-parole de l'Elysée comptait 16 points d'avance, à 56% d'intentions de vote.

"Il va falloir clarifier les choses"

Mais rien dans les médias, à part un "Indiscret" dans le Journal du Dimanche du 20 janvier sur les déboires de "la tête de liste UMP à Neuilly":

"David Martinon ne parvient pas à décoller. On parle même de mouvement d'humeur au sein de la bourgeoisie neuilléenne..."

Une autre enquête a aussi circulé dans les bureaux de l'Elysée. Et à pareillement été mise sous le boisseau. Elle a été effectuée quinze jours avant les deux sondages concomitants par l'association Médiation et Citoyenneté. Réalisée sur un échantillon représentatif de 700 Neuilléens, elle visait à inciter les habitants à aller voter. Habitants qui étaient également invités à indiquer pour quel candidat ils se déclaraient. 48% d'entre eux se prononçaient pour David Martinon.

Mais les études plus favorables (ou moins défavorables) au porte-parole de l'Elysée ne seront jamais rendues publiques. Il a désormais "la firme" contre lui. "La firme", ces bannis de l'ère Cécilia Sarkozy qui opèrent aujourd'hui un retour en force. Elle devrait faire peu de cas de David Martinon. Un autre acteur de la tragicomédie neuilléenne s'en cache à peine: "Il va falloir clarifier les choses."

Guillemette Faure et Julien Martin

lundi, 18 février 2008

lu ce soir sur le site de RUE 89

 

Petit portrait d'élèves de ZEP: Yamina l'abandon, triste épilogue

Par Zacharia Dosseur (Enseignant en ZEP)    14H04    18/02/2008

Depuis près d'un an, Zacharias Dosseur, professeur dans un collège de ZEP, relate les aventures de Yamina, élève en classe de quatrième cette année, emblématiques des difficultés rencontrées dans ces établissements.

Cette année, je n'ai pas de classe de quatrième. Je n'avais donc plus de nouvelles de Yamina. Une ou deux fois, j'avais aperçu son ombre à la porte de ma salle, le soir, vers 17 heures. Deux ou trois mots échangés dans le couloir. Cette démarche insolemment lente. Contente de venir me dire qu'elle était un peu plus calme, "cette année, c'est bon, m'sieur". J'étais étonné et ravi qu'elle s'en sorte seule, personne sur son dos tous les jours pour rectifier son attitude ou aiguiller son travail, comme l'an dernier.

Hier, j'ai appris qu'elle passait en conseil de discipline. Avec deux autres élèves, ils se sont organisés pour bombarder en cours le professeur d'arts plastiques de vieux chiffons mouillés et autres projectiles.

Le même jour nous apprenons que notre DHG (Division Horaire Globale, c'est-à-dire les heures données par l'Etat à notre Collège pour que les cours et les projets particuliers aient lieu) est encore amputée de trente-cinq heures! Il va encore falloir se battre, tenter de récupérer de quoi éviter "une fabrique de l'illettrisme", comme l'a dit Michèle (professeure d'Espagnol) en roulant les "r". En quelques années, les élèves ont en effet perdu une heure de français environ par niveau! Dévastateur en ZEP. Et l'on répète que les élèves n'y parlent pas français! on prétend que "l'ascenseur social" n'y fonctionne pas.

Comment peut-il fonctionner si les élèves ont moins d'heures pour apprendre une langue souvent peu parlée chez eux… Cette baisse horaire signifie aussi quatre adultes en moins dans notre collège.
Je ne peux pas m'empêcher de voir un lien de cause à effet direct entre ces décisions politiques et ce qui arrive à Yamina.

L'an dernier, il y avait encore les restes d'un dispositif interne d'aide aux élèves en difficulté, inventé sur mesure par les professeurs volontaires du collège et l'administration. Un petit groupe d'élèves les plus difficiles et les plus perdus (dont Yamina avait fait partie) pouvait ainsi bénéficier d'une aide individualisée avec emploi du temps aménagé et trois professeurs qualifiés quelques heures le matin. Faute d'heures, ce dispositif a été supprimé en septembre.

 

Le "Plan Banlieue" montre bien, lui aussi, cet abandon des élèves, des professeurs et des personnels de ZEP. C'est le bon élève ayant des facilités qui semblerait à l'honneur et qu'on va sortir des "collèges ghettos" qui ne peuvent s'occuper de lui, plus délaissés que jamais.
Pour les élèves moyens, justes ou en difficulté, majoritaires dans notre établissement, peu de soleil en cette fin d'hiver.

Heureusement, il reste quelques cours pendant lesquels les enfants redeviennent des enfants, enjoués, le temps d'apprendre ensemble: ils écrivent des contes à deux pour fabriquer des livres, avec fausses biographies d'auteurs (eux) et quatrième de couverture imitant les vraies. On mime de la main les actions du conte, on tente de les exprimer le plus justement possible, le nez dans le dictionnaire. Les héros franchissent des obstacles et les princesses restent les plus belles qu'on eût su voir!

Mais on a en tête le gros couteau à cran d'arrêt trouvé dans le sac d'un élève de sixième, le lynchage d'un petit par trois grands, les conseils de discipline qui s'enchaînent, et Yamina qu'on ne verra plus…

vendredi, 15 février 2008

lu ce soir sur le site de RUE 89

 

42eb44a8dde186c55a92f5e0fc1ae4f5.jpg Shoah: l'idée de Sarkozy est "insoutenable" pour Veil

Par Pierre Haski (Rue89)    17H12    15/02/2008

Déportée à 16 ans, cette proche du Président a des mots très durs contre "l'adoption" de jeunes victimes par des écoliers.

De toutes les réactions hostiles, négatives ou simplement réticentes à la proposition de Nicolas Sarkozy concernant les enfants et la Shoah, il en est une, remarquable par sa violence, qui sort du rang: celle de Simone Veil, ancienne déportée à l'âge de 16 ans, proche du Président et qui était assise à sa droite au dîner du Crif mardi soir.

Elle a jugé que la proposition de Nicolas Sarkozy était "inimaginable, dramatique, injuste".

Sur L'Express.fr, l'ancienne ministre, dont le ralliement à Nicolas Sarkozy avait été un des temps forts de la campagne présidentielle, raconte que son sang "s'est glacé" en entendant le président de la République proposer que chaque élève de CM2 en France adopte un enfant victime de la Shoah.

"C’est inimaginable, insoutenable, dramatique et, surtout, injuste. On ne peut pas infliger cela à des petits de 10 ans! On ne peut pas demander à un enfant de s’identifier à un enfant mort. Cette mémoire est beaucoup trop lourde à porter. Nous mêmes, anciens déportés, avons eu beaucoup de difficultés, après la guerre, à parler de ce que nous avions vécu, même avec nos proches. Et, aujourd’hui encore, nous essayons d’épargner nos enfants et nos petits-enfants. Par ailleurs, beaucoup d’enseignants parlent -très bien- de ces sujets à l’école."

L'ancienne ministre redoute également que cette idée puisse attiser les antagonismes religieux en France:

"Comment réagira une famille très catholique ou musulmane quand on demandera à leur fils ou à leur fille d’incarner le souvenir d’un petit juif?"

Cette réaction remarquable s'ajoute au concert de protestations qui a accompagné dans tous les milieux cette proposition surprise de Nicolas Sarkozy. Seules quelques voix se sont exprimées en faveur de la proposition présidentielle, parmi lesquelles celle de François Hollande, le premier secrétaire du PS, et celle de Marek Halter, qui l'a qualifiée d'"initiative formidable".

La sortie de Simone Veil permet, surtout, de s'interroger, une nouvelle fois, sur la manière de procéder du chef de l'Etat: comment a-t-il pu lancer une telle idée sans consulter cette femme dont l'histoire personnelle et le positionnement politique en font l'interlocuteur idéal avant de lâcher en pâture à l'opinion une bombe pareille? Sauf à considérer que les idées de ses conseillers de l'Elysée sont au-dessus de toute contestation.

Quoi qu'il en soit, le jugement sans appel de Simone Veil risque fort de peser suffisamment lourd pour condamner cette initiative présidentielle à finir dans la poubelle, déjà passablement remplie, des fausses bonnes idées de Nicolas Sarkozy

 

 

 

 

 

 

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