« 2007-09 | Page d'accueil | 2007-12 »

jeudi, 18 octobre 2007

la nuit qui a suivi (suite et fin)

 


 

"Sa soeur, celle qui s’est noyée... dans l’étang... non seulement elle ne l’a pas reconnu à la gare mais en plus, elle ne parlait plus... et non seulement, elle ne parlait plus mais en plus aucun son ne sortait de sa bouche... plus rien, plus rien du tout... elle gardait le silence... et non seulement elle gardait le silence, mais en plus, elle ne bougeait plus, allongée toute la journée dans un transat pour bébé d’où ses jambes, ses bras dépassaient tellement que cela en était comique... Son frère lui en a beaucoup voulu de ce silence, de cette immobilité... parce qu’ avant son accident, c’était une petite soeur très gaie, très volubile, toujours en mouvement et en éclats de rire, toujours prête à jouer, à suivre son frère dans de folles aventures : par exemple, leur lit superposé... eh bien, il suffisait qu’il le décide pour qu’il devienne un bateau pirate léger, rapide et facile à manoeuvrer qui s’élançait à la poursuite de leur coffre à jouets, un galion chargé à ras bord d’or et d’objets précieux, émeraudes, rubis, saphirs, perles, bagues, broches, collliers à croix de diamant. Navire en vue !, criait-il, lui le capitaine, à elle, son quartier-maître. Hissez le drapeau noir !... et quand les bateaux étaient bord à bord : A l’Abordage ! Tous deux alors en rugissant grimpaient, escaladaient la coque et alors... alors : pas de pitié pour ceux qui résistaient, on les tuait sur le champ et on jetait les corps à la mer, les autres, ceux qui se rendaient, étaient poussés dans la cale pour être faits prisonniers, on les ligotait parce que plus tard, on les échangerait contre une rançon ou on les vendrait comme esclaves... Le capitaine était toujours capturé sain et sauf pour qu’il avoue où il avait caché son trésor, ses épices, sa cannelle, son cacao, la soie, le coton, le cuir, les fourrures, le thé, café, poivre, sel, girofle, noix de muscade, blé, riz... Quand on lui a demandé de concevoir un spectacle sur l’eau, trente années plus tard, la nuit qui a suivi, il n’a pas pu dormir, alors que c’est quelqu’un qui dort bien. Toute la nuit, il a pensé à l’accident de sa soeur, il y a pensé jusqu’au petit matin et alors qu’il prenait son petit-déjeuner, qu’il se rappelait ses moments d’avant la noyade durant lesquels ils jouaient aux pirates, il a pris conscience que les premières histoires qu’il a écrites, c’était pour elle, c’était pour sa soeur, celle d’après la noyade... comme elle ne pouvait plus l’accompagner physiquement dans ses folles aventures, désormais elle le ferait par les histoires qu’il lui écrirait et qu’il lui raconterait...

Quand il le faisait, il voyait dans ses yeux qu’elle le reconnaissait... enfin.

 

Ce que je viens de vous raconter est personnel, je vous l’accorde... mais vous, nous, moi, quel est le rapport, intime, que nous entretenons avec l’eau? Qu’est-ce qui nous lie à elle... vraiment ?"

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Faits divers" de Félix Fénéon et Renaud Borderie

 

Avant de sauter dans la Seine, où il est mort, M. Doucrain avait écrit sur son carnet : « Pardonne, Papa. Je t’aime bien. »

Un cadavre descendait au fil de l’eau. Un marinier le repêcha à Boulogne. Nuls papiers ; costume gris perle ; une chaussette verte au pied doit, une noire au pied gauche.

Des ouvriers qui restauraient le plafond d’un appartement au quatrième étage d’un immeuble du vieux Nice ont eu hier matin la surprise de voir tomber du ciel une jeune femme nue blonde. Cette niçoise de 23 ans, qui prenait une douche, a selon l’enquête, traversé le plafond fragilisé par les travaux.

Du sel à la mer. Le collburnary, dont c’était la cargaison a coulé près de Camaret dans le Finistère. On put sauver l’équipage.

 

A la suite d’un plongeon qu’a effectué entièrement nu le comédien Guy Venables, dans un des grands bassins du centre marin de Brighton en Angleterre, un requin serait décédé. « Cette variété est très émotive. Nous craignons qu’il ne soit décédé parce qu’il a vu cet homme sauter dans son bassin », a déclaré une responsable du centre. « Si nos équipes de biologistes confirment qu’il est mort sous le coup du stress, nous poursuivons Guy Venables au pénal. » 

Plage Saint-Anne dans le Finistère, deux baigneurs se noyaient. Un baigneur s’élança. De sorte que M. Etienne dut sauver trois personnes.

Avec un croc, une lavandière de Bougival amena un paquet : une fille nouveau-née et née viable qui allait au fil de l’eau.

 

Le coût moyen du nettoyage de chaque phoque après la catastrophe de l’Exxon Valdez en Alaska s’est élevé à 80 000 dollars. Au cours d’une cérémonie spéciale, deux des phoques qui avaient coûté le plus cher à sauver ont été relâchés dans l’océan sous les applaudissements de la foule… qui put les voir se faire dévorer par une bande d’orques une minute plus tard.

Le 25 décembre dans l’Yonne, parce que la Lyonnaise des eaux lui coupe l’eau pour un impayé de 100 euro, un homme en voulant en puiser dans la rivière, glisse sur la berge et meurt d’hydrocution. On venait de lui rétablir l’électricité.

A bord de son voilier de 8 mètres, l’américain Richard Van Pham avait dérivé pendant quatre mois dans l’Océan Pacifique depuis les côtes californiennes, ne se nourrissant que de mouettes et de tortues. Recueilli par un navire américain, il est reçu en héros à son retour à Los Angeles. La municipalité lui offre alors un voilier et c’est à bord de cette nouvelle embarcation qu’il se perd à nouveau en mer. C’était en janvier 2001. On ne l’a toujours pas retrouvé.

Des mariniers de Viry-Châtillon ont repêché, ballonnée, Mme Hélène Merlin. Nymphomane, dit le mari, qu’elle avait quitté il y a quinze jours.

Un couple britannique passionné de plongée sous-marine s’est marié équipé de bouteilles d’oxygène et d’un système de transmission leur permettant d’échanger leur consentement dans un des bassins du centre marin de Birmingham au milieu des requins. Il y eut un moment de panique lorsqu’un vieux requin mâle a trouvé la mariée à son goût.

Définition, liste et anecdotes.

 

L’eau est un liquide incolore, un liquide inodore et insipide lorsqu’il est pur. Dans la nature, on la trouve en abondance mêlée à d’autres éléments. 


 

Eau pure, eau naturelle, eau crue, eau claire, eau distillée, eau limpide, eau transparente, eau boueuse, eau bourbeuse, eau claire, eau limpide, eau vaseuse, eau trouble, eau croupie, eau froide, eau chaude, eau tiède, eau bouillante, eau fraîche, eau douce, eau saumâtre, eau calcaire, eau dure, eau informe, eau morte, eau vive, eau artificielle, eau potable, eau rougie, eau sucrée, eau courant, eau sauvage, eau souterraine, eau vive, eau plate, eau gazeuse, eau gazéifiée, eau naturelle, eau minérale, eaux ménagères, eaux grasses, eau lustrale, eau baptismale, eau bénite, eau courante, eaux usées, eaux résiduaires, eaux industrielles, eau dure, eau alcaline, eau calcique, eau chlorurée, eau sodique, eau ferrugineuse, eau magnésienne, eau sulfureuse, eau radioactive, eau légère, eau lourde, eau neige, eau glace, eau flaque, eau tonique, eau oxygénée, eau blanche, eau chlorée, eau boriquée, eau phéniquée, eau chloroformée, eau territoriale, eau ardente, eau céleste, eau régale, eau seconde, eau forte, eau blanche, eau ferrée, eau ferrugineuse, eau rouillée, eau athénienne, eau aromatique, eau dentifrice, eaux-mères , eaux-vannes, eau libre, eau liée, eau industrielle, eau agricole, eau quotidienne, eau pluviale, eau marchandise, eau souterraine, eaux usées…

 

Sophie : Moi par-exemple : un jour, j’étais à la piscine de Latresnes, la superbe piscine de Latresnes. Piscine découverte et tout. Nous sortons de la piscine à 18 heures et je n’arrive pas à me sécher. Je rentre chez moi. Je n’arrive toujours pas à me sécher… alors là, y’a ma sœur qui appelle, pour savoir comment je vais, j’étais enceinte à l’époque, en fin de grossesse… Je dis à ma sœur : « Dis donc, c’est bizarre, j’arrive pas à ma sécher, je suis toujours mouillée, le temps humide sans doute », et ma sœur me répond, elle est médecin : « Tu perdrais pas tes eaux, toi ? » « MAIS C’EST CA ! »

 



Julie : Moi, je mesure… toujours, toujours je mesure… l’eau du bain d’Adèle, la baignoire en plastique, tu vois, je la récupère pour arroser mes petites plantes. Sophie m’a dit que le savon Klorane, c’était pas bon pour les plantes à cause des para bennes… enfin bon, mes plantes elles vont bien… et puis aussi je tire pas la chasse d’eau tout le temps à cause de ma fosse étanche… Oui, parce que j’ai une fosse étanche et je paie 162 euro par an… 162 euro, par an pour la vider. Le type, charmant au demeurant, est là à 8h. 30, il repart à 8h. 40 et moi je paie 162 euro… enfin bon… Je fais ma vaisselle dans une petite bassine, je ferme le robinet quand je me lave les dents, je filtre l’eau… Sophie ? L’eau va manquer.

 

La nuit qui a suivi (extrait 1)

Spectacle de proximité créé pour les ESCALES DE L'EDUCATION (du 17 au 20 octobre 2007) à Lormont sur le thème de l'EAU. Avec Julie Läderach (violoncelliste) et Sophie Robin (comédienne). Textes recueillis, écrits et mis en jeu par Renaud Borderie.

extrait n°1 :

 

"Quand on lui a demandé de concevoir un spectacle sur l’eau, la nuit qui a suivi, il n’a pas pu dormir, alors que c’est quelqu’un qui dort bien. Toute la nuit, il a pensé à l’accident de sa sœur, à cet accident qui date d’un peu moins de trente ans… il avait huit ans, elle trois, il était en vacances chez ses grands-parents… et un soir, il est 19H.30, le téléphone sonne, sa grand-mère répond et elle éclate en sanglots, puis après quelques « oui, oui », après quelques « bien sûr » et un « ne t’inquiète pas, ma Chérie ! », elle raccroche et elle lui sourit, il lui demande ce qu’il y a, sa grand-mère lui répond et lui part en courant dans le salon où son grand-père regarde la télévision… « Quelque chose ne va pas, Renaud ? - Ma sœur s’a noyé » Elle était tombée dans un étang, un petit étang… Oh pas longtemps, quelques minutes à peine… mais on a pas pu la ranimer tout de suite… Il y a eu quelques jours de coma et après ces quelques jours de coma, sa sœur «était comme un bébé à qui il a fallu lui réapprendre à parler, à marcher, à qui il a fallu réapprendre à manger toute seule, à être propre, etc. etc. Lui est resté après cet accident plusieurs mois chez ses grands-parents, c’est sa grand-mère, professeur à la retraite, qui lui faisait l’école… durant ces longs mois, on le plaignait (« Le pauvre, sa sœur s’est noyée… » « Le pauvre, ses parents doivent lui manquer ! »), alors on l’a gâté beaucoup, on l’a choyé, on l’a dorloté, câliné, le cajolé, bichonné… Qu’est-ce qu’il a été heureux durant les mois qui ont suivi la noyade de sa sœur… mais il a bien fallu qu’il rentre chez lui… A la gare, sa sœur ne l’a pas reconnu… lui, son frère aîné, son grand frère, son unique frère, elle ne l’a pas reconnu… c’est à ce moment-là qu’il s’est rendu compte que sa sœur s’était noyée…

 

Et celle qui est responsable, c’est l’eau, l’eau de cet étang… et trente ans plus tard, on lui demande de concevoir un spectacle sur l’eau… Comment va-t-il pouvoir la célébrer, lui qui fait exprès de la laisser couler quand il se lave les dents, qui tire la chasse même s’il n’a pas… lui qui ne va jamais à la mer, jamais à la piscine, qui n’aime les torrents qu’asséchés ? Qu’est-ce qu’il va bien pouvoir raconter dans un spectacle sur l’eau, lui qui la déteste ?

 

Ce que je viens de vous raconter est personnel, je vous l’accorde… mais vous, nous, moi, quel est le rapport, intime, que nous entretenons avec l’eau ? Qu’est-ce qui nous lie à elle… vraiment ?"

 

Toutes les notes