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mardi, 18 septembre 2007

"oui ma vie"

 

vous avez été placée à quinze ans

oh oui

vous êtes devenue comment on pourrait appeler ça

bonne une bonne monsieur oui une bonne une bonne à tout faire

bonne à tout faire donc dans une famille à bordeaux

oui j’étais place euh pas loin du cours portal justement c’était une dame qui connaissait le couvent où j’étais enfin l’orphelinat quoi elle était recommandée par le couvent elle faisait cette dame elle vendait elle tenait un magasin et lui le monsieur était lui euh il avait une place euh d’état j’sais pas moi quelque chose de bien quoi il avait un fils de quatre ans et moi j’étais chargée de m’en occuper on m’envoyait à dax à saint-vincent de paul pas loin de dax à garder le petit qui avait quatre ans et la guerre a éclaté à ce moment-là

et vous aviez quinze ans

j’avais quinze ans

et là je suppose que ce n’était pas la semaine des 35 heures

ah non parce que c’était nuit et

oui

nuit et

oui

nuit et

jour

oui enfin pas nuit et jour mais enfin tard le soir surtout quand y’avait des invités mais là j’ai pas à me plaindre j’étais bien placée là

vous étiez heureuse

heureuse faut pas pousser hein monsieur heureuse heureuse je sais pas trop ce que ça veut dire ce mot hein j’étais bien là mon père m’a sortie c’est dommage parce qu’il craignait pour le c’était pas loin des quinconces il craignait pour les obus vous voyez alors j’ai fait après aide-ménagère j’allais faire des ménages à droite à gauche fallait aller fallait faire trois kilomètres pour aller d’un une heure d’un côté puis trois kilomètres plus loin deux heures et puis voilà c’que j’ai fait toute jeune et alors après à l’âge de 17 ans je suis rentrée dans les tramways dans les tramways de bordeaux et qu’est-ce que vous avez là

caissière receveuse j’encaissais

ah bon c’était plus calme là

oh oui là ça me plaisait ça j’étais à bel air je voulais pas aller à l’usine ah mon père n’aimait pas

ça consistait en quoi

eh bien fallait encaisser l’argent et

mais dans le tramway

dans le tramway les gens rentraient et je me tenais à l’entrée et ils me donnaient de l’argent je leur donnais un ticket et je ou alors je poiçonnais ceux qui avaient des tickets oui voilà ma vie monsieur

votre vie professionnelle

oui ma vie

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