« Lu sur le site de Rue 89 | Page d'accueil | Lu sur le site de Rue 89 »
samedi, 11 août 2007
"je me surprends à être ému par la multitude de cheminées de bateaux"
j’ai pris la porte à 17 ans ma mère m’a dit t’es pas contente tu prends la porte j’ai pris la porte j’suis partie j’ai été au bureau de placement j’ai trouvé une place
attendez à 17 ans vous êtes partie
je suis partie de chez ma mère parce qu’elle m’a foutue dehors (elle rit)
ça vous fait rire
eh oui vous voulez pas que j’en pleure 70 ans après enfin presque quand même alors euh je suis allée au bureau de placement j’ai trouvé une place
c’est quoi un bureau de placement
eh ben comment ici là ils appellent ça le machin là
l’ANPE
non les bureaux intérimaires
ah d’accord les boîtes d’intérim
intérim oui c’est ça bravo tandis qu’à l’époque vous voyez on appelait ça le bureau de placement alors y’avait une place à rochefort femme de chambre dans un chez le comte et la comtesse des ménards chez la comtesse des ménards alors là j’ai j’ai fait ma petite valise et puis me voilà partie eh oui je suis partie eh oui avec ma petite valise là je suis arrivée chez la châtelaine et là on était deux enfin deux femmes la cuisinière un chauffeur et moi comme femme de mé de ména non femme de chambre à 17 ans oui alors un jour je dis j’ai dit j’en ai marre j’ai dit à la femme de chambre (elle rit) non c’était moi j’ai dit à la cuisinière on se barre toutes les deux
vous aviez quel âge
17-18 ans j’ai dit on se barre j’en ai marre d’la comtesse là elle nous (elle rit) elle nous f’sait lever le matin à 5 heures le soir alors un jour j’lui ai dit madame la comtesse y’a des heures pour se lever le matin mais avec vous y’en a pas le soir pour s’coucher le soir c’était des veillées c’était le grand monde qui venait se bringuer toute la nuit mais à 5 heures du matin fallait quand même se lever alors j’ai dit à la cui à la cuisinière j’ai dit on se barre toutes les deux on se taille mais oui elle me dit moi elle veut pas m’payer j’ai dit moi j’ai un peu d’argent d’avance (elle rit) j’te paierai ton voyage on est allées sur la route le car qui faisait angoulême rochefort oui rochefort j’crois non
vous êtes retournée à angoulême
ben oui où aller avec nos valises là où aller
vous êtes parties à l’aventure
oui on est parties à l’aventure si vous voulez alors le chauffeur du car nous dit j’connais un petit bistrot on ira voir si elle veut vous recevoir pour la nuit après demain vous vous arrangerez on arrive dans ce bistrot alors la la femme était en train de souper on avait faim nous je regardais ce plat j’dis si elle pouvait nous en donner un peu et ça s’trouvait pour les fêtes de noël alors on lui demande si elle pouvait pas elle dit j’peux vous coucher aussi mais c’est tout c’que je peux faire elle nous a couchées pour la nuit le lendemain on est parties encore chercher du boulot moi j’lai trouvé parce que la femme m’a gardée
ah bon
elle m’a dit écoutez puisque vous trouvez rien j’vous garde mais j’avais pas l’droit d’aller servir au p’tit bistrot là
parce que vous étiez trop jeune
ah j’étais trop jeune c’était j’avais 21 ans ah oui autrement y’avait la police police des mœurs
ah oui la police des mœurs quand même
je gardais trois gosses j’m’occupais des trois gosses alors ils étaient bien mignons mais bon les torcher et tout là j’ai dit un jour quand même j’irais bien servir moi mais si j’ me fais choper alors je (elle rit) j’ me suis mariée alors là une fois mariée j’avais l’ droit d’aller servir au restaurant
vous vous êtes mariée uniquement pour servir
oh oui et alors parce que j’ voulais servir j’ voulais et j’ voulais une alliance c’est ça j’ voulais une alliance pour m’ faire appeler madame parce que c’est bien beau d’garder les mômes mais ce serait quand même je s’ rais quand même d’aller d’aller les servir qu’est-ce que j’ fous là
mais qu’est-ce qui vous plaisait vous de servir les gens
eh j’ ramassais les je gagnais plus de pognon ils m’laissaient la pièce ah y’avait l’pourboire et alors
et vous vous êtes mariée mais vous avez pas pris
oh ben pas
mais entre nous vous étiez amoureuse ou pas
eh oh c’était pas le premier venu quand même le pauvre gars (elle rit) alors j’étais bien j’étais lui travaille il est boulanger moi j’étais nourrie alors je je bossais là comment mais enfin j’pouvais les servir c’est c’que j’voulais aller servir et m’faire appeler madame et puis avoir cette alliance ah j’voyais ça à ce doigt là j’dis si j’en avais une comme ça
qu’est-ce qui vous plaisait dans l’alliance
eh ben me faire appeler madame
ah oui
ah oui on disait ma… on disait plus mademoiselle on disait bonjour madame vous allez bien madame très bien madame merci madame au-revoir madame à bientôt madame
c’est important de ne plus être mademoiselle
ben non mais enfin j’trouvais qu’ça faisait mieux de dire madame (elle rit) ça faisait plus riche ça oui oui ça faisait plus riche eh oui vous monsieur on vous appelle toujours monsieur
et c’était où ça madame
à angoulême angoulême toujours angoulême alors après je me suis donc j’ai restée dans cette place assez longtemps et un jour mon mari m’dit à l’hôtel de à l’hôtel où il portait les croissants le matin ils demandent euh du personnel j’en ai alors je suis allée au à c’t’ hôtel un chic hôtel et alors là j’ai été comme serveuse alors j’étais chic hein oh alors là des talons hauts des belles robes avec des revers blancs j’étais vraiment euh j’y ai resté sept ans là-dedans c’était merveilleux mais alors c’est ces valises qu’il fallait traîner y’avait pas l’ascenceur fallait les traîner à la main (elle rit)
ces gens qui venaient à cet hôtel c’était des gens riches
ah des gens riches oui ah oui j’ai même reçu le roi du maroc le père de celui qui règne maintenant oui on avait tous les artistes descendaient annie ducot pierre blanchard pierre richarwill bourvil euh et celui qui était si vilain là comment y s’appelait euh renaud borderie
qui
renaud borderie
qui c’est celui-là
c’est moi
(elle rit) oh ça va montrez-vous oui y’a pire (elle rit) euh pierre
quelqu’un de vilain simon
oui c’est ça ah oui ah oui oh là là il était vilain celui-là c’est comment son nom exactement
je vois qui vous voulez dire
oui comment il s’appelle
je ne sais pas je ne sais plus mais je vois qui vous voulez dire et vous aviez quel âge
ben vingt deux ans
vous n’aviez pas d’enfant
euh j’vais si ma fille mais alors là j’ai quitté mon travail quand j’ai eu ma fille je suis restée à la maison
et votre mari était toujours boulanger là
toujours boulanger lui oui ouais
et après vous avez repris le travail
ah non ah non mon mari a dit tu restes à la maison comme moi je on se marie c’est pour que tu partes le matin et rentres le soir c’est que l’hôtel on rentrait y’avait pas d’heure pour rentrer hein
mais vous vous deviez être malheureuse de rester à la maison non
non ah non après j’avais ma fille à m’occuper j’avais mon mé mo ménage ma cuisine et faire la lessive non y’avait j’avais quand même à m’occuper
et combien de temps êtes-vous restée à angoulême
je suis arrivée ici en 48 oui j’habite dans la région depuis 48
pourquoi bordeaux votre mari avait été muté
non je suis venu avec ma fille seule vous voyez j’voulais voir d’autres choses j’voulais voyager un peu moi j’étais divorcée ma fille est rentrée oui chez une des professeurs du lycée montaigne pour garder un p’tit bébé alors là on était tranquilles enfin et voilà maintenant j’suis ici
tout à l’heure vous me disiez que vous n’avez rien à me dire à me raconter vous êtes une sacrée aventurière dites donc
oh
vous partez de chez vous à l’âge de 17 ans parce que votre beau-père vous battez puis vous vous débrouillez pour devenir serveuse
ah oui oh là j’étais bien
en 48 vous quittez tout et vous venez vivre à bordeaux avec votre fille
et alors
vous êtes courageuse
ah il fallait l’faire vous savez les gens ne sont pas toujours ce qu’on croit moi c’était quand même pas la valise en carton mais presque (elle rit)
et en 48 vous recommencez une autre vie
je faisais des ménages et alors après je suis rentrée comma aide-ménagère je m’occupais de personnes âgées voilà ma p’tite vie et elle s’arrête là ici
quelle leçon tirez-vous de tout ça
vous savez on se fait à tout à tout oui vous pouvez me croire bon quelle heure il est là on se fait à tout oui faut bien eh michel simon
pardon
oui michel simon c’est ça celui qui était si laid c’était michel simon oh là là qu’il était laid
10:15 Publié dans embedded (rencontres...) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : rencontre, vieillesse, travail, vivre, écoute, tendresse, femme
Les commentaires sont fermés.