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samedi, 28 juillet 2007
ce monsieur, ce matin même

et quand l'Allemagne est rentré en France ils ont commencé à ramasser les autres Marocains les jeunes comme moi quoi moi j'avais presque vingt ans et je me suis caché pour ne pas y aller en France tu vois pour faire la guerre contre les allemands
ah oui d'accord mais qu'est-ce qu'on leur disait à ces jeunes pour qu'ils partent en France qu'est-ce qu'on leur disait
on leur disait tu verras c'est ça la France et on leur donnait un peu d'argent et puis après on leur a plus donné le choix moi faire la guerre non non non non
mais vous êtes caché où
oh là là dans des cachettes dis donc je vais pas te dire mes cachettes
qu'est-ce qui a fait que vous vous disiez je ne veux pas y aller
les premiers rassemblés je te dis on leur donnait de l'argent et après on prenait tout le monde on avait plus le choix tu parles moi j'avais peur de cette guerre mais je me souviens plus de ce qu'on disait moi j'étais encore petit je savais pas la France la guerre non mais tu vois moi je comprenais pas pourquoi les Français étaient au Maroc et qui étaient les Marocains qui avaient ramené les Français au Maroc sur le plan politique on savait pas ce qui se passait non je connais pas je comprends pas ce que tu fais parce que tu vois au Maroc c'était comme la France là-bas les français commandaient tout le monde comme ici mais ici bon c'est normal y'avait la gendarmerie française
mais vous en souffriez au quotidien
ça nous intéressait pas à l'époque à l'époque c'était comment vivre tu vois on était comme des poules qui cherchent leur nourriture après qui est là qui commande pourquoi les poules elles ont faim moi quand ma mère s'est mariée j'ai vécu un peu avec elle son mari avait une ferme et il était âgé je l'aidais à la ferme où il était employé j'étais payé quatre centimes d'époque
par jour
par jour on était très pauvre on travaillait chez des français
mais quand avez-vous quitté votre village
entre vingt vingt-cinq et trente ans peut-être j'ai quitté mon petit village pour la ville
mais quelle ville
Casablanca Rabah mais partout où tu trouvais un patron partout
mais qu'est-ce qui fait que vous soyez parti de votre village
le travail le travail
vous avez pas eu peur de partir quitter la campagne pour la grande ville
j'étais mûr monsieur ça me dérangeait pas et j'avais de la famille à Casablanca
mais quel travail avez-vous fait à Casa
de tout quelquefois ça quelquefois ça dans le bâtiment je travaillais la pierre je montais les murs avec des cailloux enfin je regardais beaucoup parce que d'abord je faisais l'apprenti et puis après je connais je connais en regardant j'ai compris comment on faisait le métier de maçon oui en regardant moi je regarde
mais quitter votre village c'était pas très dur
non non non je faisais des navettes et puis il fallait manger vivre j'emmenais mon salaire à ma mère je restais avec elle et je repartais une fois qu'il y avait plus d'argent
vous rameniez l'argent à votre maman
oui après je me suis marié au bled avec une cousine elle s'appelle Zaïa et maintenant elle est avec moi ici on a eu six enfants tous les deux je travaillais dans la ville mais ma famille est restée avec ma mère je les voyais quand je descendais au village
vous rentriez souvent au village
y'avait 200 kilomètres alors quand j'avais de l'argent je rentrais quand y'avait pas d'argent c'est comme ça la vie
combien d'enfants sont nés au Maroc
un seul est né en France
très bien après l'épisode casablanca il y eut la France donc
c'est mon employeur qui m'a ramené en France il s'est occupé des papiers et du regroupement familial puisque moi je suis arrivé en 1965 en France avec mon employeur mes enfants ma famille sont arrivés en 68
vous aviez quel âge à ce moment-là
eh bé euh euh calculez (on rit) oui oui q
uand votre employeur vous a proposé de partir en France vous avez hésité ou pas
non pas du tout on travaillait chez lui là-bas il était bien il nous a demandé on a pas dit non et c'est lui qui a fait le nécessaire pour nous c'était une corvée de moins et voilà
mais pourquoi votre patron est parti en France
c'était un français
ah très bien avant de parler de votre arrivée en France je voulais vous demander comment vous avez vécu l'indépendance de votre pays
je m'en foutais je travaillais avec un patron je travaillais j'avais un salaire c'est tout ce qui comptait pour moi vivre
mais vous l'indépendance a changé quelque chose sur le plan financier sur le plan les conditions de vie ou pas
mon patron est parti en France juste après l'indépendance donc moi j'ai pas vécu tout ça il a ramené ses employés en France j'ai pas su ce que le Maroc est devenu
18:20 Publié dans embedded (rencontres...) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : maroc, entretien, vieillesse, rencontre
jeudi, 26 juillet 2007
Rachida, 67 ans
bien eu
h vous vous appelez Rachida est-ce que c'est indiscret de vous demander votre âge
67 ans
et vous êtes de Casablanca
je veux raconter ce qui m'est arrivé depuis que je suis depuis que je suis en France
vous ne voulez pas que l'on parle de votre vie avant la France
mon enfance est passée ça fait partie de euh c'est passé ça fait longtemps euh moi ça me tient à cœur de raconter ce qui m'est arrivé depuis que je suis en France
très bien bien comme vous voulez vous êtes arrivée en France en quelle année
mon mari est arrivé en France en 72 il est arrivé il travaillait ici 10 ans après il fait le regoupement familial donc il a fait appel à moi et à mes enfants on est rentrés en France je dis à mon mari "pourquoi tu veux nous amener en France je ne parle pas le français je connais pas ce monde je vais me perdre" mais mon mari me dit "ne t'inquiètes pas tu vas pas te perdre" il travaillait dans la centrale à Saint-Aubin de Blaye les Acacias on y est resté deux ans les gamins sont arrivés ils ne parlaient pas le français il les a inscrits à l'école mon mari est resté avec nous trois mois
excusez-moi Saint-Badie Blaye
non non Saint-Aubin
Et les Acacias qu'est-ce que c'est un quartier
c'est un petit village 19 maisons et beaucoup de vignes pour commencer la vie était très difficile le fait de pas parler le français la vie a été très très difficile je passais mon temps à pleurer les enfants ont trouvé du mal à s'adapter à la maison à l'école les gamins passaient leur journée à l'école ils prenaient le bus le matin ils revenaient le soir c'était le bus scolaire qui venait les chercher qui les ramenait et dès qu'ils arrivaient à l'école on aurait dit des funérailles parce qu'ils se mettaient à pleurer
quel âge avaient les enfants
un garçon et une fille le garçon 12 ans la fille 9 ans quatre mois après notre arrivée mon mari a perdu son travail donc la France lui a proposé un poste en Arabie Saoudite non pas la France son chef qui lui a proposé de partir avec lui pour un chantier en Arabie Saoudite ils sont partis pour travailler dans le bâtiment comme maçons pendant un contrat de euh il a eu un contrat de 4 mois
en Arabie Saoudite et
il est parti 4 mois il est pas revenu pendant son absence pendant 4 mois ça a été l'enfer pour moi j'avais personne je pouvais pas faire mes courses je savais pas à qui m'adressait y'avait les gamins qui partaient toute la journée qui revenaient le soir j'étais seule et c'était vraiment la solitude je ne faisais que pleurer c'était euh j'étais pas dépressive mais ça allait vers la folie tellement que j'étais toute seule le gamin a commencé à apprendre le français il a commencé à s'exprimer donc les voisins se sont adressés au petit pour savoir pourquoi sa mère était dans cet état-là donc il leur a expliqué que le fait de ne pas savoir m'exprimer me rendait dépressive elle nous propose de nous aider j'ai connu donc cette voisine nous propose de nous aider d'aller faire nos courses donc moi je disais à mon fils ce qu'il nous manquait et lui le disait à la voisine qui mettait une liste de courses aller à chaque fois avec cette liste pour faire les courses et me ramener le papier
c'était très gentil
ce qui me choquait c'est que chez moi au Maroc je parlais beaucoup j'étais sociable et je me retrouve toute seule besoin d'une voisine qui me fasse les courses comme si j'étais muette c'est ça ce qui rendu les choses plus dures encore le fait de pas pouvoir m'exprimer et même maintenant avec ma voix j'arrive pas à transmettre faire sortir ce que je veux je n'arrivais pas à parler vraiment personne dans mon entourage ne mon mari rentre je lui demande de retourner au Maroc il refuse il dit non parce qu'il s'est renseigné les petits ne pouvaient plus retourner à l'école marocaine ils avaient perdu beaucoup et du coup ce n'était plus possible de les euh et les gamins entre-temps ont eux réussi l'école je me suis retrouvée entre deux feux l'amour du pays qui me manque énormément et que j'aimerai y revenir les gamins qui ne peuvent plus se ré inscrire dans l'école marocaine parce qu'ils ont commencé une autre école et beaucoup de cours ont dépassé beaucoup de temps et en même temps ils ont commencé à réussir en France il y avait là un énorme choix à faire et je savais pas je savais plus
cela faisait combien de temps que vous étiez en France
mon mari est parti 4 ans en Arabie Saoudite non 4 mois il est rentré un moment et il est reparti pour 5 mois 5 autres mois quand il est rentré il a vu ma situation je me sentais devenir folle donc j'insiste pour trouver une solution pour qu'il trouve une solution donc il me dit pour rentrer c'est pas possible mais on va aller à Bordeaux pour que vous ne soyez pas tous seuls ici
à la campagne
oui oui dans cette campagne il a trouvé un logement à Lormont dans un immeuble avec un ascenseur j'ai passé un mois pour comprendre comment marchait cet ascenseur je montais je descendais je me retrouvais jamais pour pouvoir rentrer chez moi il a fallu attendre à chaque fois qu'il y ait quelqu'un pour pouvoir sortir ou rentrer car c'était impossible pour connaître les boutons comment utiliser cet ascenseur parce que j'étais ignorante je suis arrivée du Maroc au Maroc je restais à la maison c'est mon mari qui sortait qui rentrait c'était lui qui faisait tout donc je n'avais pas à apprendre quoi que ce soit et du coup je me retrouve devant un ascenseur pour rentrer chez moi pendant un mois il a fallu qu'à chaque fois il y ait quelqu'un avec moi donc j'étais tellement que euh j'ai perdu un rein en fait à cause de mes nerfs de cette période-là avant de m'opérer j'ai eu une crise et on m'emmène à Pellegrin et je me dis que je savais même pas parler tellement pas parler qu'un ambulancier est venu me chercher dans ma chambre avec la chemisette de l'hôpital il faisait froid donc je ne savais pas où j'allais je me suis laissée guider et je je me suis retrouvée dehors sur la banquette non le lit de l'ambulance en chemisette enfin toute nue en train de trembler de froid et je ne comprenais rien sauf "peignoir" "habit" et encore ses gestes j'ai compris "pourquoi vous n'avez pas pris autre chose" ça ça ne peut arriver qu'aux gens qui arrivent dans un monde où ils ne savent pas parler la langue pour moi c'est quelque chose il me fallait toujours aller vers quelqu'un qui savait parler cette langue-là et ça c'était pas toujours possible pas possible non donc je repart à l'hôpital dans un état très euh vraiment je commence à avoir la dépression nerveuse parce que je comprenais plus rien j'avais mes habits j'avais mes habits j'avais de quoi me couvrir mais je me suis laissée comme ça parce que je n'ai pas compris je ne savais pas où aller donc je commence à me taper dessus à faire des gestes de de de fous les infirmiers viennent me voir et ils parlaient je ne comprenais pas je parlais les autres ne comprenaient ils me mettent une intra veineuse mais ça me fait mal mais je ne peux pas le dire ce qui ce qui euh ce qui enfin ce qui me rendait folle c'est que je n'arrivais pas à m'exprimer et je ne comprenais rien donc je me dis "qu'est-ce que je suis qu'est-ce que je fais dans ce monde-là qu'est-ce qui m'a pris de venir en France euh je je je ne sais pas plus parler je ne comprends pas les autres" cela me rendait folle donc on me met des médicaments je ne comprends pas ce qu'on me dit je dois prendre des cachets mais je sais pas combien à quelle heure donc je ne comprends rien et du coup ils euh vont me laisser un peu pour chercher un interprète pour pouvoir euh me comprendre et euh comprendre ce qui se passe et entre-temps mon état s'aggrave parce que je ne prends pas mes médicaments mon état intérieur le psychique joue un rôle et du coup euh euh je me replie sur moi de l'extérieur la seule question que je me pose c'est que je fais en France pourquoi pourquoi j'ai quitté mon pays ils ont trouvé une Française enfin non ma voisine de chambre c'est comme ça qu'on appelle ça
oui madame
donc voilà cette dame appelle les médecins et dit qu'elle ne veut plus que cette dame moi reste avec elle dans la chambre parce qu'elle passait moi son temps à pleurer ça lui faisait tellement mal au cœur qu'elle voulait qu'on lui change de chambre donc ils avaient trouvé une autre dame française qui a vécu au Maroc qui parlait l'arabe donc il lui ont changé la chambre en fait c'est l'autre en fait c'est l'autre malade qui a changé de chambre et on m'a remis une malade qui pouvait parler et on lui a demandé de parler avec moi de temps en temps de faire de la traduction et de surtout de me parler car ils ont compris que psychiquement ça n'allait pas ils ont compris que cela n'allait qu'aggraver mon état je suis restée 19 jours à l'hôpital à ma sortie à ma surprise mon fils a fait lui aussi comme une dépression en me voyant dans cet état
il avait quel âge votre fils madame
il avait 15 ans il m'a vu dans cet état il a cru qu'il m'avait perdu mais lui monsieur il parlait bien le français il faisait une bonne scolarité et du coup je sors de l'hôpital mon fils était admis dans un hôpital d'enfants parce qu'il commençait à se taper la tête contre le mur parce que euh il était traumatisé
mais qui s'était occupé des enfants pendant
y'avait leur père avec eux
leur père oui mais le père ne servait pas de lien à l'hôpital il venait vous voir
mais lui aussi ne pouvait pas s'exprimer il venait me voir tous les jours mais il euh faisait rien en fait il parlait pas lui aussi parle pas bien le français donc euh ça n'a pas servi à grand-chose qu'il vienne et j'avais mes médicaments devant moi et je prenais n'importe quoi et c'est ma voisine qui dit aux médecins "ne lui remettez pas tout ça il faut lui mettre à chaque moment les comprimés qu'elle doit prendre" parce que je prenais n'importe quoi à n'importe quelle heure donc je sors de l'hôpital mon mari trouve un travail très loin donc il part toute la semaine il rentrait les vendredis soirs donc euh il passait le week-end avec nous il faisait les courses il s'occupait un peu des gamins et quand je lui disais les petits ont fait ceci ont fait cela ils sont tombés ils se sont bagarrés ou quoi que ce soit il disait oui patience patience il ne demandait que la patience donc du coup je tombe malade et je vais dans un hôpital psychiatrique où on me donne pas de médicaments mais où on parle avec moi on me trouve une algérienne qui parlait l'arabe elle était dans un service très loin mais elle venait qu'on faisait venir chaque jour elle faisait une demi-heure de trajet pour venir me parler un peu la femme 3 jours après est partie ce qu'il faisait il me ramenait des cassettes euh bon c'était du marocain de l'algérien pour que j'entende un peu et pour que je commence à sourire un peu j'y reste une vingtaine de jours ça allait mieux donc je ressors j'arrive chez moi monsieur les enfants ont grandi ils veulent partir
partir
oui partir de la maison
mais ils ont quel âge vos enfants
la fille 21 ans elle fait 2 ans d'université ici elle avait 21 ans et elle décide d'aller continuer ses études à Lyon et le gamin lui a 20 ans il décide de partir à Paris il a fait un stage dans un laboratoire il ne trouve pas de travail sur Bordeaux il décide de partir à Paris il arrêtait pas de m'appeler pour me dire je trouve pas de logement c'est dur c'est difficile donc je lui demande de rentrer sur Bordeaux il ne veut pas donc euh je reste toute seule on vit un moment lui euh mon fils part sur Strasbourg il est marié il a un garçon et une fille et ma fille de Lyon elle part à Paris elle y travaille elle s'est mariée elle a divorcé elle a une fille je reste ici toute seule je ne supporte pas encore la solitude mon mari travaille encore le médecin dit qu'il faut que je rentre au Maroc c'est la seule chance de guérir je rentre au Maroc mon état se détériore enfin devient plus seule qu'avant parce que j'ai laissé ma famille en France je suis admise dans un hôpital de psychiatrie encore une fois au Maroc je passe 3 mois dans cette hôpital psychiatrique on trouve rien on sait pas ce que j'ai je tombe sur un médecin qui dit "elle n'est pas folle puisqu'elle sait de quoi elle parle elle répond aux questions dans sa tête elle sait de quoi elle parle " mes gamins me manquent c'est ma chair ils sont trop chers pour moi "il faut qu'elle rentre en France qu'elle les voit au moins de temps en temps c'est la coupure avec ses enfants qui fait que son état s'empire" cet homme explique ce qui m'est arrivé en France le fait de ne pas parler le français le fait d'être coupé du monde le fait d’arriver du jour au lendemain d'être perdue c'est ça ce qui a fait que mon état devienne comme ça il explique les deux périodes cet homme la période en France où personne n'a compris ce qui m'arrivait et cette période où je suis au Maroc et où j'ai perdu mes gamins pour moi je les avais abandonnais je criais "j'ai abandonné mes gamins j'ai abandonné mes gamins j'ai abandonné mes gamins tellement chers" de rentrer sans eux au pays c'était un abandon il a fallu 3 mois tomber sur un bon médecin pour expliquer "il faut qu'elle reparte sinon elle deviendra folle alors que là elle ne l'est pas" enfin on a compris après tout ce temps enfin
10:00 Publié dans embedded (rencontres...) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
mardi, 17 juillet 2007
Ai rencontré hier soir une dame... Devant la maison de retraite où elle vit, un cirque s'est installé pour plusieurs jours...
et si vous aviez l’envie là maintenant de nous quel souvenir vous revient comme ça si vous aviez envie de nous parler de nous transmettre vos souvenirs un souvenir
prenez un petit gâteau
merci
alors
oui
qu’est-ce que voulez prenez plutôt celui-là il est au chocolat les jeunes aiment les chocolats les vieux aussi d’ailleurs (elle rit)
je vous le donne celui-là alors
pourquoi
il est au chocolat
non j’ai dit les vieux aiment le chocolat pas les vieilles (elle rit) bon un souvenir par-exemple ma vie au couvent j’ai été élevée dans un orphelinat j’ai été ma mère j’l’ai perdue à deux ans et demi mon père était veuf déjà de sa première femme non de ma mère et divorcée de sa première femme il a perdu trois filles j’ai été toute seule mais de toutes façons y’avait personne pour m’élever quoi alors il fallait bien me mettre quelque part pour aller à l’école alors euh il m’avait mis dans dans ma ma maison de retraite non dans une pension de famille non c’est pas comme ça qu’on dit mais bon j’étais très mal parce que euh quand on veut vous faire euh mets ta serviette dans un bahut et puis que vous vomissez et qu’on veut vous faire manger ce que vous vous voyez j’sais pas pas si vous trouvez ça bien vous aimez
de quoi
les gâteaux au chocolat hein vous aimez c’est le troisième que vous mangez y’en a d’autres dessous prenez
merci mais je comprends pas vous étiez dans une famille
dans une maison de retraite non une pension de famille on était une douzaine d’enfants et c’était une famille qui s’occupait de vous alors
non monsieur pas une famille c’était une femme une directrice quoi
méchante
méchante pas pour vous battre mais pour vous faire des méchancetés comme ça alors euh c’était des affabulations quand j’me plaignais c’était des affabulations d’enfant bon mon père n’avait pas pas trop cru quoi et puis après euh une autrefois je voulais sortir parce qu’il me sortait tous les quinze jours et on m’a préparée pour sortir je me trempais les le bain prenais euh un bain de pieds pour être bien propre et tout elle m’a embouillanté les pieds
elle vous a quoi
embouillanté les pieds elle versait carrément l’eau bouillante c’était pas assez chaud elle a été cherchée l’eau bouillante en a mis dessus dessus oui monsieur là mon père il m’a cru il m’a sortie mais après me mettre où hein me mettre où
vous aviez quel âge alors là
oh ben euh j’avais sept ans sept ans oui parce qu’aussitôt après il a trouvé cet orphelinat cours portal à bordeaux là-bas au fin fond de la ville et puis là j’y suis restée de sept ans à douze ans que déjà pour raison de santé on m’a sortie à cause de ça voilà les souvenirs que j’ai là
de sept ans à douze ans dans un orphelinat et c’était en quelles années
oh ben écoutez je suis née en 23 euh j’y suis rentrée à sept ans euh y’a qu’à compter mieux que moi
vous y êtes rentrée en 30
voilà c’est à peu près c’que j’ai situé voilà oui c’est ça
nous sommes en 2007 c’était donc il y a 77 ans ben oui puisque j’en ai 84 c’est ça
et c’était comment un
c’était les bonnes sœurs à grande cornette vous savez-là justement elles étaient meilleures que celles qui étaient à voile les sœurs de la charité étaient moins bonnes soi-disant et alors celles-là étaient très gen très bonnes elles ne punissaient pas ne tapaient pas rien seulement elles nous punissaient à mettre sur un plancher par exemple qui a pas été raboté je vous dis pas c’ que c’est un plancher qu’est pas raboté hein elles nous faisaient mettre à genoux pour ramasser les fils dans l’a l’atelier de couture
et ça c’était pour vous punir
pour me punir parce qu’on avait fait on avait parlé par exemple et il fallait pas
ah bon et c’était de sept à douze ans alors jusqu’à
l’âge de douze ans oui
dans un orphelinat donc
des grands dortoirs monsieur des grands dortoirs pas chauffés j’étais toujours gelée toute jeune je suis encore d’ailleurs alors euh je voulais une fois j’avais voulu aller me réchauffer chez une amie que j’avais meilleure amie oui je me rappelle plus son nom je vous le dirais pas maintenant ben et même une fois elle s’est portée pour moi pour pas que je j’étais punie tellement qu’elle était gentille avec moi et j’avais voulu me réchauffer à son lit mais la sœur qui avait son lit entourée de draps on voyait la lumière et croyez-moi qu’elle était pas sourde hein on avait pas fait de bruit pourtant vous savez j’ai juste filé comme une anguille sous le drap mais elle a entendu ben j’ai été punie après voilà à cause de ça ou alors c’était sur les sorties on était privée de sortie moi je sortais tous les quinze jours alors là je peux vous dire que c’était des grosses punitions parce que mon père il m’emmenait à la pâtisserie et puis mange allez mange c’que tu veux vous savez alors là c’était la grande la grande la grande grande punition
il faisait quoi comme métier votre père
il était charpentier-menuisier menuisier-charpentier comme vous voulez je les prends à intermarché
de quoi
les gâteaux je les prends à intermarché c’est ma petite-fille qui m’y amène
elle est gentille
elle est gentille
à part les punitions vous avez d’autres souvenirs
oui nous sortions de temps en temps quand on sortait pas en famille ils nous sortaient dans en ville quand il faisait beau on faisait des promenades mais attention fallait pas lever les yeux faut pas le regarder le monsieur et puis on allait à l’école quatre fois par jour on faisait la route c’était une école privée rue frère et il fallait pas regarder le pan le pantalon croyez-moi qu’on était on était surveillées hein si y’avait un monsieur en face elles nous regardaient un seul regard et ça baissait la tête c’est pas qu’elles étaient méchantes mais c’était sévère sévère très sévère fallait c’était une éducation remarquez qu’on regarde après pour le restant de ses jours ça on était bien élevées hein ça la correction la la la politesse euh la façon de vivre de en commun de savoir se tenir comme il faut et tout ça pour ça on était élevées
c’était très très sévère
très sévère sur ça oui et alors y’avait une petite crèche à côté qui donnait sur il y a avit un portail un portail grillage vous voyez qui donnait sur la cour de récréation moi eh be c’était mes meilleurs moments parce que je passais mon temps aux bébés comme je disais j’adorais les bébés je voulais des enfants j’en voulais quatre vous savez malheureusement j’ai été mal servie puisque j’ai eu ma fille handicapée à 26 ans
à la crèche c’étaient des moments de bonheur
ah oui ah oui j’allais aux bébés (elle rit)
vous les regardiez juste
ben oui on peut rien faire d’autre que les regarder à travers le grillage et puis c’est tout quand c’est l’heure de rentrer on nous appelle la cloche sonne allez faut rentrer et puis c’est tout
20:50 Publié dans embedded (rencontres...) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
mercredi, 11 juillet 2007
une vieille dame encore

ah oui ma maison de retraite et puis l’argent de poche aussi enfin l’argent de poche et alors j’avais prêté j’avais une amie je me suis trouvée une amie ici à bordeaux enfin à bordeaux à bordeaux quand je dis à bordeaux à saint-antoine c’était une guérisseuse je l’ai connue comme ça et comme j’avais les nerfs malades ma fille me l’avait fait connaître elle me dit maman je t’y emmènerai et on est devenue amies à cette personne cette guérisseuse alors elle est venue chez moi moi j’allais chez elle j’avais une confiance pure elle me demande quatre millions j’avais pu mettre quand mon mari est mort j’ai touché quand même une il travaillait à la BP chauffeur j’ai pu quand même mettre un peu de côté même voyez en élevant des enfants quand je lui prête ces quatre millions monsieur beh j’ai fait les papiers elle a fait la reconnaissance des dettes et tout j’avais confiance moi c’était une amie et une grande amie alors six mois elle me rend pas l’argent j’y dis au moins au moins rendez moi 500 000 mille francs par mois au moins impossible enfin au bout d’un an je la mets au tribunal j’ai gagné monsieur on peut pas y toucher trois fois je l’ai attaquée trois fois trois fois j’ai gagné elle n’a jamais versé ces quatre millions ça y est voilà il y a six ans de ça alors ça ça m’a
et c’est trop tard maintenant c’est fini
oh maintenant c’est fini elle est âgée on peut pas toucher sur la retraite et elle est maligne elle a tout vendu elle a tout vendu elle avait une maison avait une voiture elle a tout vendu à vendre voilà c’est comme ça eh eh eh et alors dans la même année l’année après j’ai été cambriolée oh pardon j’ai été cambriolée je vais voir une amie justement que j’avais aussi là alors elle me on avait passé l’après-midi ensemble elle vient de me ramener chez moi et je je trouve la porte ouverte ah mon Dieu qu’est-ce qui se passe ils m’ont cambrio heureusement pas d’argent mais ils m’ont pris toutes les tous les bijoux j’avais des bijoux de famille tout ça mais les linges par-terre ils avaient vidé ils cherchaient l’argent sans doute on s’en doute bien et voilà
vous habitiez à quel endroit
rue paul camel ici à bordeaux bastide oui oui j’ai cru devenir folle mon pauvre ah là là oui c’est comme ça l’année après l’emprunt de cette garce ah je vous assure c’est une garce et surtout qu’elle a été sur le journal c’était une grande guérisseuse
escroqueuse
ah
une grand escroqueuse
y’en a beaucoup dans ce milieu non
eh
y’en a beaucoup dans ce milieu non
ah beh beh attendez je crois que j’ai gardé l’article de journal je crois que j’ai là
mais qu’est-ce qu’elle vous avait dit pour vous emprunter cette somme d’argent elle elle voulait cet argent pourquoi
je ne sais pas té moi pour en profiter j’en sais rien moi c’était une escroqueuse
elle vous demandait de l’argent comme ça
elle m’a dit si vous voulez me prêter de l’argent je vous ferai gagner des intérêts je vous donnerai je vous donnerai des intérêts si vous pouvez me les prêter et moi bonnasse y’avait on était deux grandes amies je ne comprends pas pourquoi elle m’a fait ça à moi je comprends pas
ah si
voilà
parce que là sur le journal que vous venez de me donner ils disent qu’elle a une redoutable capacité de persuasion
voilà
donc elle vous a persuadée vous comme les autres hein
exact
je pense qu’elle en a eu plus d’un hein
voilà hein qu’est-ce que vous voulez
et ça vous le vivez mal c’est quelque chose
et ça je l’ai je l’ai pas digéré
voilà c’est quelque chose qui a marqué votre vie
ah ça a marqué ma vie ça ça a marqué ma vie je me retrouve euh à demander une aide un peu de mes enfants en plus eh
ah oui
et beh voilà de depuis six ans regardez les intérêts que ça m’aurait fait
bien sûr
et attendez y’a combien y’a un an à peu près je fais le kéno je fais vous savez je tous les ça fait dix francs tous les jours allons au bureau de tabac je prenais mon kéno un jour je le fais je le faisais le soir sur le canapé devant avec la table je me le mettais tout le temps dans le tiroir avec mon porte-monnaie cette fois-là je l’oublie j’avais fait j’avais fait tirer le kéno le lendemain matin je vais au bureau de tabac oh je dis j’ai oublié mon mais madame beyderolles oh revenez revenez le chercher oh je dis non il fait trop chaud je gagne jamais non bon le lendemain matin monsieur je l’ai gardé aussi le chose je regarde le journal alors là hé j’ai cru devenir folle les dix numéros dans la même case monsieur deux cents millions oui monsieur oh je dis c’est pas vrai oh c’est j’étais en train de déjeuner mon chat était avec moi je mangeais mon croissant je déjeunais hé alors ça m’a tsss ah là j’ai cru devenir deux cents millions vous vous je serai pas là hé
ah ah ah mais vous avez gardé vous aviez gardé les numéros que vous aviez coché
je voulais regarder je les ai gardés
oui non laissez laissez madame beydart vous aviez gardé les numéros et c’est là que vous avez vu que vous aviez gagné
eh oui
mais alors
bah j’aurais dû aller le faire oblitérer
aaaaaaah
alors ça fait que j’avais perdu c’est tous les jours que ça se tire ça alors si si j’étais allé avant une heure il faut y aller le faire oblitérer mais je l’ai gardé et alors ces deux cents millions vous vous rendez compte monsieur
mais qu’est-ce que vous en auriez fait madame
mais si
rien du tout
j’aurais gâté mes petits-enfants les pauvres je leur aurais donné je leur aurais donné cinquante millions à chacun
vous croyez
non pas cinquante millions quand même
non pas tant que ça ah ah ah
d’abord je me serais achetée non attendez je me serais achetée une petite baraque une petite maison hé je me payais une bonne maison de retraite alors là la maison de retraite eh la haute hé mais malheureux oh je suis pas mal remarquez té les voilà et je l’ai gardé regardez
ah oui
j’ai les dix numéros dans la même case
le zéro le deux le douze le vingt-deux le treize le quatre le quatorze vingt-cinq vingt-six
et trente-six
trente-six et dix-sept
ouais oui monsieur les dix numé et regardez derrière ce que rapporte les dix numéros
ah oui
ah
pour dix francs
j’ai dit oh c’est pas possible
pour dix francs vous gagnez pour dix francs vous gagnez deux millions de francs
deux millions deux cents mille francs quoi
ah oui c’est beaucoup
non deux cents millions je veux dire
oui mais c’est c’est c’est deux millions nouveau ça fait deux milliards de centimes
ça fait deux cent millions
oui deux cent millions
vous vous rendez compte alors là
là vous pouvez vous acheter une belle maison hein
eh be ne m’en parlez pas alors là vraiment ça m’a donné un coup comment vous avez réagi à ça eh beh qu’est-ce que vous voulez que je réagis c’était fait c’était fait je l’ai dit à mes enfants eh beh maman qu’est-ce que tu faisais comme si tu n’avais pas gagné mais j’aurais dû aller le faire oblitérer je l’ai pas fait je l’ai oublié et chose que je le faisais tous les jours hé et vraiment y’a bien quelque chose qui m’a empêché d’aller d’y aller quoi de le faire quoi voilà maintenant racontez ce que vous voulez dans mon histoire c’est embrouillé tout ça eh
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mardi, 10 juillet 2007
mardi 10 juillet, 23h.19
23:19 Publié dans estranged | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
mardi 10 juin, 19h.30
19:26 Publié dans estranged | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


