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vendredi, 30 mars 2007

Dans un appartement, une vieille dame est assise sur une chaise en bois et moi, en face, sur le canapé

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mon père m’a envoyé à l’école religieuse pour apprendre le Coran mais jamais il a voulu m’envoyer à l’école laïque

et pourquoi

il a pas voulu je sais pas lire ni écrire voilà

c’était les hommes qui allaient à l’école

non non moi mon père m’a envoyé qu’à l’école religieuse mais ma sœur il l’a envoyé à l’autre école

mais pourquoi

je sais pas on osait pas demander pourquoi on osait pas parler

mais vous faisiez quoi de vos journées

après l’école religieuse j’allais aux champs je m’occupais des vaches de la maison du linge il fallait amener le bois sur le dos on jouait mais très peu on jouait aux osselets mais on avait pas de temps pour jouer pas de temps non non

quand avez-vous quitté votre village

quand j’ai épousé mon mari je suis allée vivre chez mes beaux-parents j’avais 16 ans c’était pas demandé c’était imposé on se connaissait pas avec mon mari ce sont nos pères qui se sont mis d’accord

partir de chez vous n’a pas été trop dur

je pleurais (elle rit) je pleurais (elle rit aux éclats) comme mon père m’a donné je suis partie mais je pleurais je pleurais

et votre mari il pleurait aussi (elle rit encore plus fort)

lui aussi n’était pas prêt il avait 20 ans du jour au lendemain à lui aussi on lui a dit tu vas te marier ça y est c’est ton âge allez j’ai beaucoup pleuré aussi quand mon mari est parti en France pour travailler on était pauvre au village et on a eu quatre garçons mon mari et moi on les a poussés à faire des études mais il fallait de l’argent pour ça alors mon mari a dit je vais faire une demande pour partir en Europe j’ai pleuré beaucoup beaucoup mais en cachette il fallait qu’il parte pour pas qu’on crève de faim toute seule je suis restée à m’occuper de la terre et le reste de mes enfants qui étaient pas encore étudiants je faisais du beurre que j’allais vendre au marché pour subvenir à leurs besoins parce que vous savez quand nous sommes arrivés tous là en France tout ce qu’on voulait c’est gagner de l’argent et repartir chez nous en Turquie on voulait pas rester non non non faire une maison en Turquie et après revenir tous les Turcs c’est pareil tout tous tous pas les jeunes non les vieux comme moi gagner trois sous et repartir

tout ce qui comptait en France c’est travailler travailler

oui oui

mais quand votre mari est venu vous chercher pour vous installer en France comment avez-vous réagi

je ne voulais pas j’aimais mon village je suis venue uniquement pour les enfants même aujourd’hui je préférerai vivre dans mon village plutôt qu’ici

entre la vie de village et la vie de Lormont ça a dû être un choc non

non non eh quand même on connaissait la ville il y a des grandes villes en Turquie quand même donc pas de choc

mais entre le confort du village et celui de

ça c’est vrai mais c’était trop excessif non non moi je préférai trop travailler dans mon village moi je voulais travailler

vous vous souvenez de votre arrivée en Lormont

en voiture je sortais pas jamais jamais ici au début parce que je connaissais rien j’avais peur de sortir on restait à la maison à cause de pas savoir la langue on est resté en retrait

vous regrettez d’avoir rejoint votre mari

malgré que le travail soit très dur en Turquie mes enfants auraient été fonctionnaires ici ils sont dans les chantiers donc je regrette mon fils il eu son bac en Turquie juste avant qu’on vienne en France il a eu élevé son bac et bien ici il s’est retrouvé dans un chantier il fallu que

oh là là ce gâteau mais dites-moi c’est gentil mais mais merci

quand mon fils est arrivé ici il avait 18 ans et il savait pas le système de l’école là où la France a fait une grosse faute si je peux me permettre

ce gâteau est excellent

c’est que la France elle a fait venir des boys ici ils ont pas pensé qu’il y avait les enfants des boys qui pourraient faire des études et y’avait personne pour nous expliquer les choses mon fils sûr et certain il aurait pu faire de grandes études ici c’est sûr mais bon on était tellement perdu alors le second dès qu’il a pu repartir il est reparti faire ses études là-bas et il est allé à la fac mais bon ça l’empêche d’être sur les chantiers lui aussi ici voilà dès que mon fils aîné est arrivé allez hop au chantier chantier maison chantier maison

de la chair à travailler

oui oui c’est ça

votre gâteau au chocolat est excellent merci beaucoup

c’est normal (long silence) bienvenue à vous monsieur

vous pensez que la vie de vos enfants a été gâchée

oui oui je pense ça je suis en colère mes enfants auraient pu étudier la faculté elle est pas loin d’ici toute proche vous vous rendez compte presque plus proche que le chantier mon autre fils dès dix ans il a voulu retourner là-bas vous savez ce qu’il disait mon fils pourquoi il voulait repartir “ici il fait nuit quand je me lève pour aller à l’école là-bas il fait jour je veux me lever et voir le soleil ”

 

mardi, 27 mars 2007

Dans un appartement, une vieille dame et moi (suite et fin)

 

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c'était un ami de mon cousin voilà

très bien un ami de votre cousin

voilà

il vous a il vous a

voilà on s'est regardés et (elle tape dans ses mains) voilà

ça a suffi très bien et quel métier faisait-il Fransisco

couvreur

et vous êtes restés combien de temps en Espagne avant de partir

je suis partie en France à trente ans à trente ans moi j'ai eu ma première fille en Espagne et quand

(elle rit)

qu'est-ce qu'il y a

(elle rit aux éclats)

excusez moi

(elle rit aux éclats)

je vous en prie et vous avez eu votre deuxième fille

j'ai eu huit filles

huit filles

huit filles et un garçon mais le garçon il est mort à la naissance

huit filles ouh là là là huit filles eh bé

mais toutes gentilles je suis très contente moi

vous êtes très contente d'elles

oui de toutes mes filles

huit filles

oui

ouh là là (elle rit) huit filles et euh vous avez eu la première à quel âge

à vingt ans j'ai eu Mercedes en Espagne et neuf ans après en France toutes mes filles les sept autres

vous avez donc attendu neuf ans entre la première et la seconde mais pourquoi

on a quitté l'Espagne pour Bordeaux ici à Bordeaux à Mériadeck moi j'ai vécu à Mériadeck quand tout était vieux très vieux

quitter Barcelone pour se retrouver à Mériadeck cela n'a pas été trop dur

non

non pourquoi avoir quitté l'Espagne

mais mon père euh mon mari Fransisco voulait rejoindre son père sa mère

et à Mériadeck comment était la vie là-bas

comme j'ai eu beaucoup d'enfants on est allés à la cité du grand parc et après ici à Lormont parce que deux de mes filles sont venues ici parce que mes filles ce sont mes amies

à Mériadeck c'était un quartier où venaient les immigrés espagnols

oh il y avait de tout

de tout

oui des français tout

et c'était comment le quartier à cette époque là

oh c'était un quartier où il y avait une rigole en plein milieu où on jetait toutes les eaux de la maison voilà quel quartier c'était

les eaux usagées

oui

très bien quels sont les prénoms de vos filles

Mercedes Violetta Lydia euh Violetta euh ça non je l'ai déjà dit Anna-Paula Hortensia Marie Marie Rosa

très bien

euh il en manque

mais la vie devait être très dure avec huit filles

ah non moi j'étais habituée

oui et vous aviez une grande maison pour tout ce monde

un F5

à Mériadeck

à la cité du grand parc quand j'ai eu quatre filles on m'a donné cet appartement au grand parc j'y suis restée dix sept ans

et vous rentriez en espagne l'espagne ne vous manquait pas

oh vous savez j'étais habituée

et comment vous avez trouvé les français est-ce que vous avez été bien reçue et puis comment vous avez vécu le dépaysement

moi je ne parlais pas le français quand j'allais dans les magasins je montrais avec mon doigt ça ça ça voilà et ils comprenaient

mais vous ne fréquentiez pas les français si vous ne parliez pas cette langue que la communauté espagnole

non tout il y avait de tout dans la rue

qui étaient vos amis amigos

(elle rit)

amigos oui oh des espagnols beaucoup et quelques français

être mère d'autant d'enfants c'était dur non qu'est-ce qui était le plus dur

euh le plus difficile il y avait pas de machine à laver et on faisait tout

(elle frotte ses mains)

il fallait frotter avec ses mains

voilà et petit à petit on a eu tout la machine à laver et après ça et ça et ça

oui très bien

voilà après mériadeck il y a eu la cité du grand parc les immeubles donc

oui il y avait tout le confort dans cet immeuble non vous vous souvenez la première fois que vous êtes arrivée dans cet appartement

oui

c'était comment

bien

bien

oui bien et (elle rit) mais au quinzième étage (elle rit) moi j'ai dit donnez-moi un autre appartement il a dit si c'est pas celui-là ce sera pas un autre et alors je me suis habituée il y avait deux ascenseurs

mais quand l'ascenseur tombait en panne

et oui moi je montais à pied là avec les courses

toute seule

non fransisco m'aidait j'y suis restée 17 ans au grand parc

mais comment ça se fait que vous avez traversé la garonne pour venir vivre à lormont

deux filles se sont mariées et qui sont allées vivre à lormont donc moi et toute ma famille voilà

vous avez suivi

c'est ça

vous les avez rejoint parce que vous disiez que vos filles étaient aussi vos amies

voilà oui c'est ça

la différence entre lormont et la cité du grand-parc alors

(long silence)

ça ne me faisait rien c'est pareil je me suis habituée aussi ici pareil

vous souvenez quand vous êtes venue à lormont

oh là cela fait beaucoup d'années beaucoup je m'en souviens pas ah si l'année où mercédés s'est mariée

ah et quand

l' année où Mercedes est née je vous dis

et maintenant vous vous partagez entre l'Espagne et la France

oui et j'ai commencé ça quand mon mari est mort parce que oui je fais de la tension oui je vais à barcelone deux mois et après je reviens ici quatre six mois à barcelone j'ai une maison à bilano un grand appartement parce qu'ici j'ai toutes mes filles une seule vit en Espagne

mais vous vous sentez plus espagnole ou plus française

beh moi j'aime être ici j'aime être là-bas je me suis habituée aux deux endroits oui

mais quelle est la différence entre la vie espagnole et la vie française

euh euh les choses pour manger par exemple là-bas elles sont moins chères qu'ici et puis il faut que je vois ma fille qui vit là-bas seule vous comprenez

oui

vous me comprenez

oui huit filles eh bien combien de petits enfants

ouh 25 je crois

et arrière

quatre non cinq

et là donc vous avez 79 ans

80

bon 80 quand vous regardez tout ce que vous avez pu vivre qu'est-ce que vous retenez de votre vie qu'est-ce que vous retenez

beaucoup de choses biens et pas biens

parlons que des choses biens d'accord quels sont ces choses biens que vous gardez dans votre cœur

(long silence)

quand j'ai rencontré mon mari j'étais si heureuse contente voilà

franscesco

fransisco oui fransisco

très bien et par rapport à tout ce que vous avez pu vivre quels leçons tirez-vous de votre philosophie de la vie

philosophie qu'est-ce que

comment expliquer quelle est la leçon tirez-vous de votre vie si l'une de vos petites-filles venaient pour demander un conseil lequel

moi je lui dirai d'être gentille d'apprendre beaucoup voilà oh je sais pas si je parle bien oh là là là

vous me disiez que vous ne savez pas lire c'est ça

oui c'est difficile alors

(long silence)

je vous embête non (long silence) d'habitude quand je suis avec quelqu'un comme ça pour récolter des souvenirs on est seuls mais là nous avons été rejoints par une partie de votre famille pourquoi êtes vous si gênées

il y a noë il a dix ans et deux de mes filles hortensia la cinquième et la plus petite marie et votre petite-fille

oui

et moi qui vous embête

non excusez-moi mais j'ai mal à la tête moi quand ma tension monte j'ai mal à la tête

je vous ai fatiguée avec mes questions

non c'est moi avec ce temps-là je suis malade c'est vrai je suis malade tout le temps avant j'aimais danser mais maintenant je suis vieille je dansais en espagne pas en france bon quelle heure il est là








dimanche, 25 mars 2007

A la bibliothèque d'Ambarès et Lagrave

Rencontre dédicace - Renaud Borderie < Retour au programme >
Autour de son livre "Tout semblait calme"
Jeudi 5 Avril 2007 à 20H - Bibliothèque Municipale
Le narrateur, que le lecteur voit évoluer dans une ville et sa banlieue, se conduit en véritable paparazzi.
Il n'a qu'une obsession, rencontreer des gens et faire en sorte qu'ils se livrent à des confidences.
C'est à travers l'histoire de leur vie que le héros construit son propre destin.

Renaud Borderie est un auteur et metteur en scène

samedi, 24 mars 2007

Dans un appartement, une vieille et moi (suite)

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oui honte

donc vous n'alliez pas à l'école

non

mais qu'est-ce que vous faisiez alors de vos journées

j'étais à la maison

vous vous amusiez

non et après il y a eu l'usine

vous étiez jeune

oui apprentie

et qu'est-ce que vous faisiez à l'usine

à la filature

quel poste vous aviez à la filature qu'est-ce que vous y faisiez exactement

moi euh… euh… je sais pas euh comment expliquer moi comme j'étais très jeune on m'apprenait le travail et puis après c'est moi qui travaillait sur les machines

est-ce que quel est votre souvenir le plus ancien de votre enfance une histoire euh une anecdote euh je sais pas

la miséria que j'étais une pauvresse qu'on gagnait pas beaucoup et que ma mère avait beaucoup de peine voilà voilà moi ce que je me souviens

la misère

oui la misère (elle rit) et après la guerre encore plus de misère encore plus

encore plus

oui

là quand vous avez commencé à travailler vous viviez avec votre maman (elle soupire)

oui

et vos quatre sœurs

oui

et vos sœurs travaillaient à la filature aussi

oui

toutes

toutes

vous êtes partie à quel âge de chez vous

euh… vieille (on rit)

pourquoi vieille vieille mais quel âge

d'Espagne à aqui non euh ici

non non enfin vous êtes partie directement de chez votre mère en France

ah oui j'étais chez ma mère tout le temps

mais vous avez rencontré votre mari où en Espagne ou en France

en Espagne il vivait au même endroit que moi il a rejoint son père en France et moi je suis venue après

votre mari vous l'avez rencontré vous aviez quel âge

euh dix sept ans

très bien il s'appelait comment

Fransisco

c'est indiscret de vous demander comment et où vous l'avez rencontré vous n'êtes pas obligée de me répondre si vous voulez pas me répondre vous ne me répondez pas

c'était un ami de mon cousin voilà

très bien un ami de votre cousin

voilà

il vous a il vous a

voilà on s'est regardés et (elle tape dans ses mains) voilà

( à suivre )

Dans un appartement, une vieille dame et moi

 

 

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Vous êtes née où madame

à Barcelone

très bien c'est indiscret de vous demander en quelle année c'est indiscret ou pas oui

le 14 juillet en 19 euh 19 euh bon j'ai 79 ans

vous êtes née à barcelone même

non à côté

et où

à côté

et vos parents faisaient quoi comme métier

à l'usine

ouvriers

à la filature

à la filature très bien votre papa et votre maman travaillaient tous les deux

oui

oui et vous aviez des frères et des sœurs

 des sœurs

des sœurs

oui

et combien de sœurs aviez-vous

quatre

quatre sœurs très bien

oui

et vous vous étiez la plus jeune la plus âgée

trois

la troisième

oui

très bien bien et euh comment était la vie à barcelone quels sont les souvenirs que vous avez gardé de votre enfance

euh la guerre la guerre

la guerre

oui

vous c'est la guerre qui vous marqué

oui la misère le temps est passé et mon père quand la guerre a mon père il est mort quand on a fini la guerre

votre père est mort à la guerre

non juste quand elle a été finie la guerre

la vie c'était dur alors

ben oui il n'y avait pas de travail ni rien bon et ma mère allait demander de l'argent aux gens et avec ce qu'on lui donnait elle achetait à manger des pommes de terre du pain et ça juste après la guerre en attendant qu'on ouvre les usines une fois qu'on a ouvert les usines ma mère est entrée pour travailler

et vous vous aviez quel âge à ce moment-là

treize ans enfin presque treize ans et une fois qu'on a ouvert les usines moi je suis allée travailler

aussi

oui

 très bien euh vous avez donc arrêté l'école

moi je suis jamais allée à l'école

jamais

jamais parce que moi dès que j'ai grandi j'ai eu beaucoup de poitrine et moi j'avais honte

de quoi honte

(à suivre)

 

dimanche, 18 mars 2007

dimanche 18 mars...

Article de presse trouvé sur Internet...  

«  DEUX ANS ! Depuis « environ deux années », les volets d'un petit pavillon d'Eaubonne (Val-d'Oise) étaient clos. Niché dans une ruelle près de la voie ferrée, le jardin s'était peu à peu laissé gagner par des herbes folles et le sentiment d'abandon. Dans ce quartier peu fréquenté, les habitants de la maison voisine ne prêtaient guère attention à cette demeure en déshérence, persuadés, ont-ils confié aux enquêteurs, que le vieux couple « était parti dans une maison de retraite ». Un peu plus loin, les employés d'une petite usine ne s'en préoccupaient pas davantage.

 Depuis deux ans, EDF, une banque, les services de la mairie d'Eaubonne envoyaient pourtant leurs lettres ordinaires ou de rappel pour certains paiements. Et durant tout ce temps, le facteur glissait scrupuleusement ce courrier dans la boîte du petit pavillon abandonné.

 Il y a quelques semaines, trois gamins des environs - âgés de 15 à 17 ans -, plus intrigués que leurs aînés, réussissent sans grand mal à pénétrer dans la demeure. Tout y est parfaitement en ordre mais à l'étage, dans la chambre, ils découvrent deux squelettes, l'un allongé dans le lit, l'autre sur le sol. Les adolescents saisissent leurs téléphones portables mais plutôt que d'alerter la police prennent une série de photos et ressortent prestement, non sans avoir dérobé quelques objets, des bijoux.

 Une autopsie a été ordonnée

 Ces photos macabres vont circuler auprès des jeunes d'Eaubonne et des environs, jusqu'à ce qu'un autre groupe, peu convaincu par les clichés, décide de vérifier. En découvrant à leur tour les restes, les jeunes décident cette fois de prévenir le commissariat d'Eaubonne. Les policiers de la ville puis ceux d'Ermont, dont ils dépendent, mettent alors le drame au jour.

 Dans la petite maison, vivaient un homme né en 1914 et son épouse de deux ans sa cadette. La femme serait décédée dans son sommeil et lui aurait choisi de la suivre. Le parquet de Pontoise a toutefois ordonné une autopsie afin de déterminer avec précision l'identité des deux personnes et les causes exactes de leur mort. Un professeur, spécialiste des os, a été spécialement désigné.

 Quant aux adolescents qui ont pris les photos, ils devront répondre devant le tribunal correctionnel de leur effraction et des menus vols commis dans la maison.

 Reste à comprendre l'essentiel. Comment se fait-il que personne ne se soit préoccupé du vieux couple pendant aussi longtemps ? S'il n'avait apparemment aucune famille proche ou lointaine, ses voisins ont expliqué aux enquêteurs « qu'il vivait presque reclus ». À la mairie, personne ne semblait vraiment les connaître et les facteurs successifs n'ont pas paru vraiment intrigués par le courrier accumulé dans la boîte aux lettres. Toutes ces personnes devraient être entendues dans les prochains jours comme simples « témoins » de deux années d'indifférence. »

 


dans la maison de retraite, la vieille dame et moi

 

 

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mais bon comment vous le dire je sais pas moi parce que c’est quand même euh

oui

vous voyez c’est un souvenir euh comment vous le dire

intime

intime non faut pas quand même faut pas pousser (elle rit aux éclats) intime non pas intime mon mari donc je connaissais bien sa sœur c’était une amie alors pas euh comment vous dites là

intime

oui (elle rit aux éclats) c’est ça intime mais elle c’était une bonne amie quoi je l’avais rencontrée comme ça bon eh comme comme les jeunes se rencontrent quoi

à quel endroit

eh bé je je je sais plus enfin c’est pas le plus important ça si non non c’est pas important ça quoi ça y’avait une fête pour le jour de l’an alors c’était au début de la guerre ça une fête qu’elle faisait chez elle pour le jour de l’an alors moi je mon père vous comprenez quoi j’avais 18 ans c’était jeune hein à l’époque et à l’époque alors je lui dis que mon père y serait pas d’accord il était pas commode mon père ouh là vous comprenez il avait perdu trois filles j’étais la seule la seule qui restait alors elle dit je vais aller le voir et tu verras elle y est allée et il a dit d’accord eh bé mais elle est à la maison à minuit trente minuit trente le jour de l’an oui minuit trente pétantes après les bises là allez papa non j’te dis minuit trente un point c’est tout ou sinon bon alors la fête tout ça une belle fête hein c’était la première pour moi en plus c’était la guerre y’avait le couvre-feu et puis la soirée passe et là minuit alors tout le monde s’embrasse oh là là minuit vous comprenez c’était au début de la guerre la guerre oui alors tous ces jeunes qui s’embrassaient là qui se disaient bonne année oui on se le disait et on s’embrassait et on se met à danser oui on danse danse à en s’en donner le tournis et puis là oh malheur il est une heure quinze du matin oh là là où est mon amie elle est là alors je lui dis écoute il faut que je rentre il est une heure quinze j’avais dit à mon père que je rentrais à minuit trente le temps que je rentre il est deux heures eh bé je me mets à pleurer moi quoi parce que mon père il était pas commode hein vous savez j’avais 18 ans ses autres filles étaient mortes ma mère aussi pas remarié rien l’amie elle me dit écoute mon frère va te ramener tout de suite t’inquiète pas ton père y dort alors vite on part et mon père il dormait pas oh je le verrai toujours là sur le perron tout habillé les bras comme ça là

croisés

oui comme ça eh bé moi je sais pas ce qui m’a pris mais je le connaissais pas le frère hein enfin à peine on avait un peu parlé là sur le chemin et je suis timide moi eh bé je lui ai pris le bras et je dis à mon père papa tiens je voulais te présenter jean jean qui veut te demander ma main oh là alors mon père il lève les bras au ciel eh quelle nouvelle allez venez on va trinquer et voilà

voilà

oui voilà

et jean comment il a réagi jean

bien sans doute ça fait soixante ans qu’on est mariés

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